La politique d’achat de devises par la Banque d’Israël crée une polémique : les réserves en devises d’Israël dépassent les 95 milliards de dollars. Au début du mois de mai dernier, les réserves en devises accumulées par la Banque d’Israël explosaient : elles dépassaient les 95 milliards de dollars, soit trois fois plus par habitant (11.000 dollars) que la moyenne des principales puissances mondiales...
C’est en 2008 que la Banque d’Israël, sous la direction de Stanley Fischer (gouverneur de 2005 à 2013), a commencé à acheter massivement du dollar pour soutenir son cours face à un shekel trop fort : de 30 milliards de dollars en 2005, les réserves frôleront la barre symbolique 100 milliards de dollars avant la fin de 2016.
POUR : SOUTENIR L’INDUSTRIE ET LES EXPORTATIONS
Deux raisons conduisent la banque centrale à acheter régulièrement des devises. Primo, il s’agit d’éviter une trop forte appréciation du shekel ; un shekel trop fort handicape les exportations israéliennes et freine la croissance.
Secundo, il s’agit d’éviter la « maladie hollandaise » : l’exploitation du gaz abaisse la facture énergétique du pays, mais elle renforce le shekel ; les prévisions d’exportations se traduisent par une entrée de devises et par une appréciation du shekel.
En 2015, la Banque d’Israël s’est portée acquéreuse de pas moins de 9 milliards de dollars : 6 milliards pour lutter contre la spéculation anti-dollar et 3 milliards pour compenser les effets du gaz sur le taux de change.
Au cœur des préoccupations de la Banque d’Israël, se trouve donc l’industrie israélienne. Les exportations israéliennes de marchandises sont déjà handicapées par la croissance molle des économies avancées, comme dans nombre d’économies émergentes. En tirant le shekel vers le bas, la Banque d’Israël permet aux entreprises israéliennes de maintenir, tant bien que mal, leur compétitivité sur les marchés extérieurs.
La politique de la banque centrale a recueilli l’aval de l’actuel ministre des Finances Moshé Kahlon ; celui-ci vient de déclarer que “l’achat de devises constitue un pilier essentiel de la politique de soutien à l’industrie et à l’emploi”.
CONTRE : ABAISSER LA FISCALITÉ
En revanche, des voix commencent à se faire entendre contre ce qui semblait être un consensus national. La semaine dernière, c’est le professeur d’économie Avi Simhon qui a lancé une mini-bombe : président du Conseil économique national, il s’est déclaré opposé à la politique monétaire de la Banque d’Israël. Professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, Avi Simhon a été nommé en décembre 2015 à la tête du Conseil économique, organe consultatif du Premier ministre sur toutes les questions économiques.
Pour Avi Simhon, l’achat excessif de dollars par la banque centrale nuit à aussi bien à l’économie israélienne qu’au consommateur.
Il reconnaît que l’interruption de l’achat de devises se traduirait par le licenciement de 20.000 salariés ; la remontée du shekel handicaperait les exportations industrielles, ce qui conduirait nombre d’entreprises à alléger leurs effectifs.
En revanche, une dévaluation du dollar permettrait de rendre les importations moins chères ; ce qui améliorerait le pouvoir d’achat des consommateurs israéliens qui ont tendance à acheter beaucoup de produits étrangers. Au total, ce scenario permettrait d’abaisser les taux d’imposition sur tous les contribuables du pays.
Certes, le conseiller économique de Netanyahou s’est voulu rassurant ; les licenciés de l’industrie trouveront aisément un emploi dans le commerce et les services. Mais sa déclaration a provoqué une levée de boucliers, notamment chez les syndicats qui ont protesté auprès du Premier ministre.
Avi Simhon n’en est pas à son premier coup d’éclat ; il avait déjà provoqué des vagues en 2010 lorsqu’il s’était opposé à l’immigration en provenance de l’ex-Union soviétique, arguant que « les immigrants soviétiques n’ont jamais été juifs ».
La même année, il avait irrité les ultra-orthodoxes quand il avait appelé les parents à arrêter d’avoir autant d’enfants.
Jacques Bendelac (Jérusalem)
Source Israel Valley
