mardi 8 mai 2018

Retour symbolique des «Fidèles épouses de Weinsberg»


La ville allemande de Weinsberg a restitué à la Fondation Max et Iris Stern une toile de Gerrit Claesz Bleker (1592-1656) qui était sur les murs de son musée Weibertreu depuis une trentaine d’années......Détails......


Le marchand d’art juif Max Stern avait été spolié de l’oeuvre, Les fidèles épouses de Weinsberg, au début des années 1930, quand la loi nazie l’obligea à vendre quelque 300 peintures de la collection de sa galerie de Düsseldorf.
Or, le lien intime entre le sujet de l’oeuvre et la ville de Weinsberg a poussé la Fondation à revendre la toile au musée, afin qu’elle demeure in situ, en toute légitimité morale.
Les fonds ainsi acquis serviront à tenter de recouvrer d’autres pièces de la collection du collectionneur et philanthrope. Et la manière de faire, inédite, ouvre des possibilités nouvelles pour la restitution d’oeuvres ayant connu ce sort pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le thème des Fidèles épouses de Weinsberg reste aujourd’hui encore, surtout pour cette petite ville allemande, un symbole d’audace intellectuelle, de hardiesse politico-diplomatique et de fidélité aux idées.
Et c’est un peu de cette créativité que la Fondation Max et Iris Stern vient d’insuffler à la restitution d’oeuvres d’art, en trouvant une solution symbolique. À cause de l’importance de cette toile pour l’histoire de Weinsberg, la Fondation estimait juste et bon qu’elle reste dans la petite ville de 12 000 âmes. « C’est le premier cas où nous vendons l’oeuvre au musée qui nous la redonne », a expliqué au Devoir Clarence Epstein, chef du Projet de restitution des oeuvres de la collection Max Stern.
« Pour nous, c’est un message très important à envoyer. S’il est important pour un musée qu’une oeuvre reste dans la collection, nous sommes ouverts à en discuter. C’est une situation où tous sont gagnants. »

Heritage

Depuis 2002, le Projet est porté par les mandataires de la Fondation que sont les Universités McGill et Concordia (car M. Stern a immigré au Canada en 1941) et l’Université hébraïque de Jérusalem.
Le but est de retrouver et de recouvrer les 400 oeuvres, essentiellement des peintures signées par des maîtres anciens ou des oeuvres allemandes de la fin du XIXe siècle, de la galerie et de la collection personnelle de M. Stern, qu’il fut contraint de vendre.
Jusqu’à maintenant, 17 toiles ont été récupérées, dont l’Allégorie de la Terre et de l’eau de Brueghel le Jeune et un Jan Franse Verzijl, retrouvé l’an dernier grâce à une intervention du FBI, alors qu’elle allait être vendue lors d’un salon d’art new-yorkais.

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« Nous aimerions accélérer le nombre d’oeuvres qu’on récupère chaque année », poursuit M. Epstein. « Nous avons bon espoir que l’évolution en Allemagne de ce que signifie la restitution nous permettra d’atteindre des résultats plus importants. »
D’autres récupérations d’oeuvres sont actuellement en discussion, et le Projet « espère que cette annonce va encourager les organismes, les villes, les musées — surtout allemands — à accélérer la considération de nos demandes ».
Cette année marque également le 20e anniversaire des onze Principes de la Conférence de Washington, entente survenue entre 44 pays et offrant des lignes directrices dans la récupération d’oeuvres afin de trouver des solutions « fair and just » (équitables et justes), indique M. Epstein, « pour les familles qui ont souffert de la période nazie ».
Le Projet de restitution des oeuvres de la collection Max Stern s’est-il fixé un but, une ambition, un nombre d’oeuvres à récupérer ?
« Ça ne fonctionne pas comme ça : le but n’est pas d’amasser tant d’oeuvres par année, mais de continuer à chercher et à récupérer, quitte à ce que soit sur une durée infinie, puisque les universités sont là pour toujours, pour la cause d’un de nos mécènes.
Les universités reconnaissent sa générosité en commémorant tout ce qu’il a fait dans sa vie, et en utilisant ce projet comme héritage commun.
Pour nous, les gestes que posent les gens sont aussi importants que le retour des oeuvres ; et changer la mentalité face à ce qui s’est passé il y a 75 ans est plus important. »

L'histoire derrière l'oeuvre « Les fidèles épouses de Weinsberg »

Quand le roi Conrad III assiège en 1140 le château de Weinsberg avec la force d’un orage, il ordonne, pour asseoir son autorité et sa puissance, l’exécution des hommes qui lui ont tenu tête.
Il fait grâce aux femmes, en leur permettant de quitter la ville le lendemain, juste avant la purge, avec les biens qu’elles pourront porter sur leurs épaules. Et, les fin finaudes, c’est en portant leur époux ou leur fils sur leurs dos qu’elles passeront les portes de la ville.
Le roi, séduit jusqu’au rire par la trouvaille, par la force et la volonté de ces femmes, ces Fidèles épouses de Weinsberg, et estimant qu’un « souverain ne peut se dédire », laisse à tous la vie sauve.
Le château porte aujourd’hui encore le nom de Weibertreu (fidélité des femmes).

Source Le Devoir
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