Voici le texte traduit de la Haftara, Haftara qui dénonce la vente du juste, et condamne Israël pour son manque de moral. Pour illustrer ce texte, koide9enisrael vous propose deux analyses...
Texte traduit :
Ainsi parle l’Éternel : A cause des trois crimes d’Israël, Même de quatre, je ne révoque pas mon arrêt, Parce qu’ils ont vendu le juste pour de l’argent, Et le pauvre pour une paire de souliers.
Ils aspirent à voir la poussière de la terre sur la tête des misérables, Et ils violent le droit des malheureux. Le fils et le père vont vers la même fille, Afin de profaner mon saint nom.
Ils s’étendent près de chaque autel sur des vêtements pris en gage, Et ils boivent dans la maison de leurs dieux le vin de ceux qu’ils condamnent.
Et pourtant j’ai détruit devant eux les Amoréens, Dont la hauteur égalait celle des cèdres, Et la force celle des chênes ; J’ai détruit leurs fruits en haut, Et leurs racines en bas.
Et pourtant je vous ai fait monter du pays d’Égypte, Et je vous ai conduits quarante ans dans le désert, Pour vous mettre en possession du pays des Amoréens.
J’ai suscité parmi vos fils des prophètes, Et parmi vos jeunes hommes des nazaréens. N’en est-il pas ainsi, enfants d’Israël ? dit l’Éternel...
Et vous avez fait boire du vin aux nazaréens ! Et aux prophètes vous avez donné cet ordre : Ne prophétisez pas !
Punition divine
Voici, je vous écraserai, Comme foule la terre un chariot chargé de gerbes.
Celui qui est agile ne pourra fuir, Celui qui a de la force ne pourra s’en servir, Et l’homme vaillant ne sauvera pas sa vie ;
Celui qui manie l’arc ne résistera pas, Celui qui a les pieds légers n’échappera pas, Et le cavalier ne sauvera pas sa vie ;
Le plus courageux des guerriers S’enfuira nu dans ce jour-là, dit l’Éternel.
Écoutez cette parole que l’Éternel prononce contre vous, enfants d’Israël, Contre toute la famille que j’ai fait monter du pays d’Égypte !
Je vous ai choisis, vous seuls parmi toutes les familles de la terre ; C’est pourquoi je vous châtierai pour toutes vos iniquités.
Proverbes
Deux hommes marchent-ils ensemble, Sans en être convenus ?
Le lion rugit-il dans la forêt, Sans avoir une proie ? Le lionceau pousse-t-il des cris du fond de sa tanière, Sans avoir fait une capture ?
L’oiseau tombe-t-il dans le filet qui est à terre, Sans qu’il y ait un piège ? Le filet s’élève-t-il de terre, Sans qu’il y ait rien de pris ?
Sonne-t-on de la trompette dans une ville, Sans que le peuple soit dans l’épouvante ?
Théologie de la rétribution
Arrive-t-il un malheur dans une ville, Sans que l’Éternel en soit l’auteur ?
Car le Seigneur, l’Éternel, ne fait rien Sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes.
Le lion rugit : qui ne serait effrayé ? Le Seigneur, l’Éternel, parle : qui ne prophétiserait ?
Analyse du Rav Jacques Kohn :
La haftara de la parachath Wayèchev s’inscrit comme une conclusion des deux premiers chapitres du livre d’Amos où Hachem annonce qu’à cause de trois transgressions de Damas (1, 3), de Gaza (1, 6), de Tyr (1, 9), d’Edom (1, 11), d’Ammon (1, 13), de Moab (2, 1) et de Juda (2, 4), Il ne révoquera pas Son arrêt pour la quatrième.
Puis il annonce de la même façon qu’à cause de trois transgressions d’Israël, Il ne révoquera pas Son arrêt pour la quatrième (2, 6).
Ces « trois transgressions » communes à ces huit peuples, selon les commentateurs, ce sont les trois péchés « capitaux » constitués par l’idolâtrie, la débauche sexuelle et le meurtre.
Mais tandis que pour Juda, la transgression qui restera inexpiable a été l’abandon de la Tora de Hachem , celle qui entraînera le châtiment d’Israël – terme qui désigne ici le Royaume du Nord – sera « seulement » d’avoir « vendu le juste pour de l'argent et le pauvre pour une paire de sandales ».
Ce déséquilibre, qui peut paraître étonnant, est expliqué comme suit par Radaq ( ad 2, 4) :
La fin du Royaume d’Israël et la dispersion des dix tribus « perdues » ne sont pas sans rappeler la destruction de la génération du Déluge. Les populations qui ont été alors détruites s’étaient rendues coupables de péchés très graves. C’est ainsi, comme nous l’apprend la Guemara Sanhédrin 108a (voir aussi Rachi ad Berèchith 6, 13), leur verdict de mort n’a été prononcé qu’à cause de la violence.
De la même façon, précise Radaq , le sort du Royaume d’Israël n’a été scellé qu’à cause des injustices et de la corruption, les juges ayant vendu le juste – c’est-à-dire celui qui avait le bon droit pour lui – pour de l'argent corrupteur, et s’étant laissés soudoyer par une simple paire de sandales.
Analyse de Oury Cherki :
« C’est vous seuls que J’ai distingués entre toutes les familles de la terre, c’est pourquoi Je vous demande compte de toutes vos fautes » (Amos 3, 2).
Ce verset de la Haftara de cette semaine nous fait remarquer qu’appartenir au peuple élu n’est pas une position si confortable.
Si nous nous posons la question s’il est avantageux de naître juif, et d’avoir le regard de la Providence guettant chacun de ses actes, la réponse est définitivement qu’il est plus agréable et avantageux de naître comme membre des nations, et vivre sa vie naturellement et confortablement.
Le Maharal de Prague (Tiferet Israël ch.1) remarque que les nations du monde se comportent suivant les lois de la nature, alors qu’Israël selon la transcendance, raison pour laquelle la majorité de l’humanité est composée de membres des nations, alors que le peuple d’Israël n’en est qu’une minorité.
On objectera qu’il en est autrement pour ce qui est du monde à venir. Or ce n’est pas le cas.
Chaque individu peut parvenir au monde à venir, même sans appartenir au peuple d’Israël, pour autant qu’il le désire et agisse droitement, étant donné que les justes des nations ont part au monde à venir (Maïmonide, lois de Techouva 3, 13). Le non juif qui ne désire pas le monde à venir n’a qu’à ne pas remplir ses obligations.
Le juif, quant à lui, ne peut se libérer, car « tout Israël a part au monde à venir » (Sanhédrin ch.10 Michna 1). Le juif ne peut fuir le monde à venir, c’est pourquoi il passera par toutes sortes de souffrances et épreuves dans ce monde et le monde des âmes, métempsychose et autres, jusqu’à ce qu’il parvienne à son objectif nécessaire, la vie éternelle.
Nous comprenons dès lors pourquoi la plupart des âmes ont pris la décision de naître en tant que membres des nations et non en tant que juifs.
Comment ? Aurions-nous décidé de naître ce que nous sommes ? C’est effectivement ce qu’écrit Rachi sur les paroles du Talmud (RH 11a) : « toute la Création a été créée à sa guise » – Il leur demanda s’ils désiraient être créés, et ils répondirent : oui.
Le stade de non-retour est atteint relativement tardivement, au stade appelé Yetsira, quarante jours après la fécondation (TB Sanhédrin 91b). La décision préalable d’être ce que nous sommes est appelée, dans les écrits du rav Avraham Isaac Hacohen Kook « la liberté cachée dans les profondeurs de l’être ».
Or il reste à comprendre pourquoi une minorité d’âmes ont tout de même décidé de naître juives. La raison est que ces âmes sont idéalistes, n’agissant que pour Dieu, comme il est dit : « Ce n’est pas pour nous, Eternel, pas pour nous, mais pour faire honneur à Ton nom, […] Pourquoi les peuples diraient-ils: « Où donc est leur Dieu? » » (Psaumes 115, 1-2). Et si vous demandez s’il vaut la peine d’être idéaliste, la réponse est que l’idéaliste ne se pose pas ce genre de questions.
