dimanche 1 septembre 2019

Tollé en Allemagne: l’ancienne famille impériale veut récupérer ses châteaux !


Un siècle après la fin de l’Empire, les Hohenzollern font la une des journaux allemands. Ils estiment avoir été dépossédés injustement de certains de leurs châteaux et œuvres d’art pendant l’occupation soviétique et comptent bien obtenir réparation.......Analyse........



Les Principes de Washington, signés en décembre 1998, doivent permettre aux familles juives spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale de récupérer leurs biens. Mais quid de ceux confisqués par les Russes? 
C’est la polémique qui fait rage en Allemagne. D’autant plus qu’elle a été lancée par une famille dont les liens avec les nazis restent flous. 
Les héritiers de la famille impériale, les Hohenzollern, réclament le retour de châteaux et œuvres d’art confisqués après la Seconde Guerre mondiale.
«Ces demandes se basent sur celles de mon grand-père, présentées après la réunification, que je poursuis pour ma famille», a justifié dans une récente interview au quotidien Die Welt le prince Georges-Frédéric de Prusse, chef de la maison impériale des Hohenzollern, qui a marqué un millénaire de l’histoire de l’Allemagne. 
La vénérable dynastie, détrônée avec l’abdication de Guillaume II en 1918, juge avoir été injustement expropriée à l’Est par les Soviétiques après la Seconde Guerre mondiale dans ce qui est devenu la RDA communiste, alors qu’un accord scellé en 1926 avec l’État allemand réglait la répartition des biens impériaux.
De leur côté, les détracteurs des Hohenzollern s’étouffent face à des demandes de restitution tardives et rappellent pour certains les sympathies nazies de membres de la famille impériale durant le IIIe Reich.

Plus d’un million d’euros de compensation

L’enjeu est de taille: un droit de résidence notamment dans le célèbre château de Cecilienhof à Potsdam, des milliers d’œuvres d’art et plus d’un million d’euros à titre de compensation sont réclamés par la famille du dernier Kaiser. 
Avec ses colombages, son architecture de style Tudor, ses six cours intérieures et ses 55 cheminées, Cecilienhof est célèbre pour avoir accueilli la conférence de Potsdam à l’été 1945, où les Alliés décidèrent du sort de leurs ennemis.
Face à eux, la fondation publique qui gère l’essentiel du patrimoine de l’ancienne Prusse, les Länder de Brandebourg et de Berlin, où se situait le cœur de la province royale, ainsi que l’État fédéral allemand. 
«Les Hohenzollern se sont marginalisés avec leurs revendications inacceptables», tempête le ministre des Finances du Brandebourg, Christian Görke.

«Quel Culot!»

Les tractations entre les représentants de la famille Hohenzollern et les fondations culturelles qui gèrent les biens en question durent depuis des années, mais elles se sont durcies ces dernières semaines lorsque la famille a présenté une liste détaillée de revendications.
Faute de compromis à l’amiable, les tribunaux devront trancher, alors que Georges-Frédéric de Prusse vient de perdre un procès visant à récupérer un château au bord du Rhin, non loin du célèbre rocher de la Lorelei.
«Quel culot!», s’est emporté l’ancien président de la chambre des députés allemands, Wolfgang Thierse, à propos des demandes de restitution impériales. «Les revendications se basent sur le droit et découlent de la loi. 
Elles n’ont pas évolué», réplique à l’AFP Markus Hennig, l’avocat des Hohenzollern. L’accord de 1926 octroyait à la famille un droit de résidence dans 39 châteaux et la propriété sur leur contenu.
«C’est une position juridique. Le prince ne doit pas et ne veut pas habiter dans un château. Il s’agit simplement de savoir ce qu’il adviendra de ce droit de résidence», assure Markus Hennig.
Mais au-delà de l’aspect légal, cette affaire réveille un conflit de mémoire autour de l’attitude des Hohenzollern après l’arrivée des nazis au pouvoir. 
Tandis que les partisans d’une réhabilitation du passé prussien de l’Allemagne donnent de la voix, dans le Land de Brandebourg, la gauche radicale milite pour un référendum populaire contre les demandes de restitution impériales.

Un rôle trouble auprès des nazis

Selon une loi de 1994, toutes les personnes ayant été expropriées par l’Union soviétique ont le droit de revendiquer une indemnisation si «elles n’ont pas soutenu le régime nazi».
Or «il y a un débat entre historiens autour du lien controversé du Kronprinz (le prince héritier, arrière-grand-père de Georges-Frédéric) avec le nazisme. La plupart d’entre eux estiment tout de même qu’il existait un lien très fort entre le NSDAP et le Kronprinz, bien qu’il n’ait jamais été membre du parti», explique l’historien Stephan Malinowski. 
«En 1932, le Kronprinz appelle à voter pour Hitler lors de l’élection présidentielle», ajoute-t-il. Élection qui sera remportée une nouvelle fois par le maréchal Hindenburg.
Alors que le débat fait rage, la réouverture prochaine d’un autre château emblématique des Hohenzollern suscite aussi la controverse: les députés allemands viennent de décider la reconstruction à l’identique du château de Berlin, résidence principale de la famille impériale jusqu’en 1918, détruit pendant la Seconde Guerre mondiale avant d’être remplacé par le Parlement de la RDA.

Source Le Figaro
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