lundi 10 août 2015

Une petite fille juive, traquée par les Allemands, témoigne dans la Fresque de Bridiers


Petite fille juive traquée par les Allemands pendant la dernière Guerre, Chava raconte son terrible hiver 42 dans la Fresque de Bridiers.  En 2013, 65 ans après son départ de la France -elle a fait partie des enfants juifs cachés en Creuse-, Chava (*) Buchwalter est revenue à Chabannes avec ses enfants, pour retrouver le lieu où elle a été sauvée d'une mort certaine, elle et sa petite s'ur...



Lors de ce passage à Fursac, elle a été accueillie par la municipalité de La Souterraine. À la faveur de cette rencontre, Annie Lalande et Jean-Noël Pinaud, metteur en scène de la Fresque de Bridiers, lui ont demandé d'être la marraine de l'édition 2015, 70 e anniversaire de la Libération, 10 e anniversaire de la fresque.
Chava n'était pas revenue en France depuis qu'elle avait rejoint Israël…

Chava n'était pas revenue en France depuis qu'elle avait rejoint Israël avec sa mère et sa s'ur en 1948. Malgré son âge, sa difficulté pour retrouver notre langue qu'elle a oubliée, elle a accepté la proposition et rédigé un texte court évoquant cette période douloureuse qu'elle a enregistré à son arrivée en Creuse. Cet enregistrement accompagne l'un des tableaux du spectacle, celui qui raconte Chabannes. Le timbre est rond, l'articulé appliqué avec un léger accent qui porte en lui toutes les langues qu'elle a croisées, à commencer par l'allemand, sa langue natale.
 

Retour sur le passé

Retour sur le passé ! Artisan tailleur, son père Nahum Lerner, juif allemand installé à Berlin, fait tout pour protéger sa famille du péril nazi.
Ayant compris ce que la Nuit de Cristal de 1933 porte en germe, il prépare son départ pour l'Amérique latine, mais c'est en Belgique qu'il installe sa famille en 1938. À quoi pense alors Eva, petite fille de 5 ans arrachée à son enfance berlinoise pour Anvers, grande ville flamande, où elle fréquente pour la première fois une école maternelle avec des enfants ne parlant pas tout à fait la même langue ?
Lorsque la Belgique est envahie, en mars 1940, son père décide une nouvelle fois d'émigrer et part en France. Conscient du danger qui pèse sur sa famille, il sollicite l'Office de Secours aux Enfants afin de bénéficier du programme lancé par Eleanor Roosevelt en faveur des familles juives pour rejoindre les États-Unis Mais les événements en décident autrement.
La famille est accueillie et protégée dans un orphelinat tenu par des religieuses, le Monastère la Charité à Lavault-Sainte-Anne, près de Montluçon.
 

Des hommes en uniforme

Que doit penser cette petite fille de 8 ans lorsque des hommes en uniforme viennent chercher son père, un jour de février et que celui-ci lui donne un dernier baiser en soufflant dans son oreille : « Maman a assez de bois, laisse-lui la montre pour qu'elle ne manque pas l'heure de l'école. N'abandonne jamais ta petite s'ur Rosa… »
Ce 26 février 1942, la porte se referme sur le visage de ce père qu'elle ne reverra jamais ! Commence alors une période difficile pour les deux enfants. Quand la présence de la mère et des deux filles est compromise, les s'urs de La Charité prennent contact avec l'OSE.
La mère accepte de les voir partir pour leur permettre d'échapper aux rafles. Eva et Rosa arrivent ainsi à Chabannes, au début de l'hiver 42, pour une halte de quelques mois avant leur départ vers Marseille et leur embarquement pour l'Amérique.
 

L'étau se resserre

Mais l'étau ennemi se resserre autour du bassin méditerranéen et le projet est compromis. Les enfants sont alors dispersés dans des familles, dans les environs d'Aix-les-Bains.
Eva et Rosa sont accueillies chez un paysan. Eva est employée aux tâches domestiques, épluche des kilos de pommes de terre pour les cochons, travaille à la ferme. Informé de la détresse des enfants, le délégué de l'OSE décide alors de les changer d'adresse.
En octobre 1943, elles sont accueillies par un couple remarquable, Adélaïde et Jean-François Mailland-Mollard qui vont les protéger comme leurs propres petits-enfants : « Je ne les ai jamais oubliés. Ils habitaient un petit village de Savoie, Pugny-Chatenod. Tout le monde savait mais nous étions le secret du village… » Elles y restent jusqu'à la fin de la guerre et quand leur mère les retrouve enfin, toujours grâce à l'OSE, « ce fut un autre moment tragique. J'avais oublié l'allemand et maman ne connaissait pas le français… et puis ce n'était que maman. Il n'y avait pas papa… »
Que peut penser une petite fille de 11 ans, ballottée dans le voyage de l'enfer : « Ces années ont volé mon enfance… »
C'est tout cela qu'elle a résumé dans le propos qui accompagne la fresque. Elle l'a fait avec la sérénité que le temps et sa vie en Israël lui ont donné.

(*) Chava est le nom hébreu que Rosa a choisi en arrivant en Israël.
Source Le Populaire