jeudi 17 mai 2018

Pour tous savoir sur Chavouot, c'est ici....


Ce samedi soir ( à la sortie de Shabbat ) et dimanche, c'est Chavouot. Pour se mettre dans le bain, voici ce qu'il faut savoir sur la fête, notamment en ce qui concerne la veillée d'étude, la méguila de Ruth, bref, quel est le sens de cette célebration....Détails...


La veillée d’étude à Chavouot




Le Kaf Ha’haïm rapporte au sujet de la nuit de Chavouot : « Il est rapporté dans le Zohar que les Anciens restaient éveillés pendant toute cette nuit pour étudier la Torah. Ils disaient à ce sujet : ‘Offrons-nous ce saint héritage pour nous-mêmes et nos fils à jamais !’ Il est également dit dans la préface du Zohar : ‘Tous ceux qui s’absorbent au tikoun de la Chékhina et se réjouissent avec elle pendant cette nuit, seront inscrits dans le Livre du Souvenir et le Saint béni soit-Il leur accordera soixante-dix bénédictions’.
Il est par ailleurs écrit dans le Chaar Hakavanot du Ari zal : ‘Tout homme devra veiller pendant toute cette nuit intégralement, et s’y consacrer à l’étude de la Torah (…) Sache que quiconque ne dort pas un seul instant pendant cette nuit, pour s’adonner entièrement à l’étude de la Torah, il lui est garanti qu’il finira l’année et qu’il ne lui arrivera aucun malheur pendant cette année…’ » (chap. 494, 6).
Selon le Maguen Avraham, cette veillée est observée pour la raison suivante : il est raconté dans le Midrach que pendant la nuit précédant le Don de la Torah, les enfants d’Israël allèrent dormir comme de coutume, sans montrer d’impatience particulière en vue du lendemain. Si bien que D.ieu dut Lui-même les réveiller pour leur offrir la Torah. C’est donc pour corriger ce manquement que nous nous efforçons de veiller chaque année, pendant la nuit de Chavouot.

Accroître l’attachement

Selon le Sfat Emet, l’étude de cette nuit est destinée à montrer notre attachement à la Torah. En effet, toutes les jouissances du monde matériel s’intensifient en fonction de la « soif » que l’on éprouve pour elles.
Ainsi, plus un homme est affamé, plus il apprécie son repas. Mais réciproquement, lorsqu’on a déjà goûté plusieurs fois à une chose et qu’on s’y est habitué, l’appétit que l’on éprouve s’estompe et on en vient à moins l’apprécier.
La Torah, en revanche, suit un ordre totalement différent : c’est à force de l’étudier que notre attachement pour elle s’intensifie. A cet égard, il est dit dans le Midrach (Béréchit Rabba 97, 3) que ceux qui se consacrent à la Torah sont semblables aux poissons.
Or, bien que les animaux aquatiques évoluent continuellement dans l’eau, ils ne sont pour autant jamais « rassasiés » de leur milieu naturel. De la même manière, lorsqu’un homme se consacre totalement à la Torah, son amour pour elle ne cesse d’augmenter, au point que chaque lettre d’étude devient précieuse à ses yeux.
C’est la raison pour laquelle nous nous adonnons à l’étude de la Torah pendant toute la nuit de Chavouot, afin d’accroître encore plus notre attachement à elle avant de la recevoir.

Apprendre à connaître
 
Une troisième explication à cette coutume ressort d’une explication du Maguid de Doubno. Le Maguid se posa la question suivante : pourquoi la fête de Chavouot n’est pas célébrée dans la « joie de la Torah », comme nous le faisons à Sim’hat Torah ?
Il répondit à cette question, comme à son habitude, à l’aide d’une parabole. Un homme et sa femme ne parvenaient pas à avoir d’enfants. Ils allèrent consulter les plus grands spécialistes en la matière, mais personne ne parvint à les aider. Un jour, on leur conseilla de se rendre chez un grand Juste, capable de réaliser des prodiges.
Le Tsadik accepta de prier pour eux et après plusieurs jours, il les fit appeler pour leur annoncer une bonne nouvelle : avec l’aide de D.ieu, ils donneraient le jour à une petite fille dans l’année. Toutefois, le Juste émit une condition : pour que l’enfant vive, elle ne devrait voir le visage d’aucun homme jusqu’à après son mariage.
Le couple accepta de se conformer à cette condition. Et c’est ainsi que juste après la naissance, le nourrisson fut envoyé dans une île déserte, accompagnée exclusivement de sa nourrice et de servantes. Pendant toute son enfance, jamais son père ne vint lui rendre visite, et l’on interdit à tout homme d’approcher les côtes de l’île.
Les années passèrent, et arriva le jour où la jeune fille fut en âge de se marier. Le père alla voir plusieurs connaissances, pour leur proposer de contracter un mariage entre sa fille et leur fils. Mais tous refusèrent, car aucun jeune homme n’acceptait de s’unir avec une jeune fille qu’ils n’avaient jamais vue, et que nul ne connaissait. Les promesses que fit le père sur les qualités de sa fille ne furent d’aucun secours : aucune union ne pouvait être envisagée sans qu’on voie la jeune fille.
Finalement, un jeune homme se déclara prêt à accepter la proposition, bien qu’il continuât à éprouver de vives appréhensions. Le mariage fut ainsi célébré, sans que le marié n’ait même pu voir le visage de sa nouvelle épouse. Mais à son grand soulagement, celle-ci était aussi gracieuse qu’on lui avait promis. Toutefois, même après avoir découvert son visage, le jeune homme restait tenaillé par le doute : sa femme était-elle dotée de bonnes qualités ? Quel était son tempérament ?
C’est seulement quelques mois plus tard, lorsqu’il se convainquit que sa femme était belle et vertueuse, que le marié put se réjouir profondément de cette union. A ce moment, il alla trouver son beau-père pour le remercier du merveilleux présent qu’il lui avait accordé.
De la même façon, explique le Maguid de Doubno, D.ieu voulut offrir Sa Torah aux hommes, mais nul ne voulut l’accepter sans en connaître le contenu. Seul le peuple juif accepta, sous la contrainte d’un mont suspendu au-dessus de sa tête.
Mais même après le Don de la Torah, les Hébreux ne parvenaient pas encore à se réjouir de ce présent, car ils en ignoraient encore tous les détails. C’est seulement quelques mois plus tard, après avoir découvert la beauté et la noblesse de la Torah, qu’ils purent se réjouir sincèrement de l’avoir reçue.
Cette parabole explique aussi pourquoi nous veillons pendant la nuit de Chavouot.
Lors du Don de la Torah, personne ne savait encore ce qu’elle contenait, et même après s’être exclamé : « Nous ferons et nous entendrons », les enfants d’Israël continuaient à éprouver certaines appréhensions. De ce fait, leur joie ne put être parfaite.
Quant à nous, qui possédons déjà la Torah, nous devons prouver que nous connaissons déjà son contenu et que nous l’acceptons en connaissance de cause, animés d’une joie sans bornes.
C’est pourquoi nous nous absorbons à son étude pendant toute la nuit de Chavouot, pour effacer tous les doutes qui tenaillaient alors nos ancêtres au pied du mont Sinaï.
 
Par Yonathan Bendennnoune


La Meguila de Ruth à Chavouot...


 
La place de la Meguila de Ruth dans le texte biblique soulève de nombreux problèmes, et notamment celui qui nous invite à nous demander pourquoi il y occupe une place indépendante, alors que son contenu s'inscrit dans une continuité historique beaucoup plus large, celle du livre des «Juges» et du premier livre de Samuel. Selon beaucoup de Richonim , c'est le lien de filiation entre Ruth et le roi David qui justifie à la fois cette autonomie et la lecture de ce livre pendant Chavouoth , jour de la naissance et de la mort de ce monarque.
Mais ce rapport est beaucoup plus vaste.
Rappelons tout d'abord que le mot gueoula («rédemption») apparaît de manière récurrente, sous diverses formes, dans un grand nombre de versets du livre (2, 20 3,9 3,13 4,3 4,1 4,4 4,6 4,7 4,8), comme pour suggérer l'annonce de celle que nous apportera le Messie, descendant de David.
Mais il existe un autre lien, de nature historique celui-là, entre Ruth et David: Ruth descendait de Lot, dont la biographie n'est pas sans ressemblance avec celle d'Elimélekh, le mari de Noémi.
Lorsque, à l'époque d'Abraham, la famine éclata en terre de Canaan, Lot quitta son oncle et partit s'établir à Sodome, puis à Tsoar, localité dont nous savons qu'elle se trouvait à l'est du Jourdain, dans une région qui allait devenir celle de Moab (voir Jérémie48,34).
On peut donc dire de cet exode de Lot qu'il n'a pas été seulement de nature géographique, mais également culturel et spirituel, comme s'il avait voulu proclamer: «Je ne veux ni d'Abraham ni de son Dieu» ( Yalqout Chimoni Berèchith 13,70).
L'attitude d'Elimélekh, lorsqu'il a quitté Erets Yisrael pour se rendre en terre de Moab, a eu de nombreux points communs avec celle de Lot. On nous apprend en effet que «celui qui vit hors d' Erets Yisrael est comme s'il pratiquait l'idolâtrie» ( Ketouvoth 110b). Le résultat en a été qu'il a laissé une veuve avec deux belles-filles non mariables.
Selon toutes les apparences, en effet, il ne leur était pas permis de se convertir au judaïsme. Quant à Lot, il a perdu sa femme, ses filles mariées et leurs maris, et il est resté seul avec deux filles également non mariables, puisqu'elles étaient convaincues qu'il ne restait plus aucun homme sur terre ( Berèchith 19,31).
On trouve également une similitude entre le destin de Lot et d'Elimélekh, d'une part, et celui de Juda, l'ancêtre du roi David, d'autre part. Tout comme les deux premiers, celui-ci a été puni: C'est lui qui avait été l'instigateur de la vente de Joseph comme esclave en Egypte ( Berèchith 37,26-27).
Après quoi, nous indique le texte (38,1), Juda «descendit d'auprès de ses frères», puis il se maria.
Sa femme mourut, ainsi que ses deux fils aînés. Quant à son troisième fils, Chéla, son père était persuadé qu'il ne pourrait pas accomplir l'acte de yibboum («lévirat») (voir Rachi ad Berèchith 38,11). Tout comme Lot et Elimélekh, Juda allait rester sans postérité.
Mais les destins de Juda, de Lot et d'Elimélekh se sont finalement rejoints, et ce au travers d'une application commune, encore que discutable, de l'institution du yibboum . En ce qui concerne le premier, cette institution est suggérée explicitement dans le texte ( Berèchith 38,11: «Juda dit à Tamar, sa belle-fille: Demeure veuve dans la maison de ton père, jusqu'à ce que grandisse Chéla mon fils»).
Pour Lot, elle apparaît sous une forme allusive dans le verset: «?et d'homme il n'y a plus sur terre pour ?venir sur nous? selon la voie de toute la terre» ( Berèchith 19,31).
Cette expression «venir sur nous» ( alènou ) est insolite, car on se serait plutôt attendu à celle de: èleinou («vers nous»), et on ne la trouve qu'une seule autre fois dans la Tora , et ce à propos du yibboum : «son beau-frère viendra sur elle ( aléha ), se la prendra pour femme, et l'épousera par yibboum » ( Devarim 25,5). Cette similitude exceptionnelle peut vouloir dire que les deux filles de Lot n'avaient d'autre intention, lorsqu'elles se sont unies à leur père, que de reconstruire le nom de leur famille qui avait péri.
En ce qui concerne Ruth, le mot yibboum n'apparaît pas dans le texte de sa Meguila , mais il y est mentionné que son mariage avec Boaz était destiné à «relever le nom du défunt sur son héritage» (Ruth4,5), expression qui n'est pas sans rappeler celle de Devarim 25,6: «et son nom ne sera pas effacé d'Israël».
Dans les trois cas qui nous intéressent ici, le yibboum a été la solution du problème auquel avaient à faire face les protagonistes, et dans ces mêmes trois cas, le yibboum n'a pas obéi aux prescriptions de la Tora , puisque l'on n'y trouve pas de mariage entre un frère d'un défunt et sa belle-soeur demeurée veuve sans enfant.
Chez Lot, il s'est agi d'une union consommée entre un père et ses filles chez Juda, d'un mariage d'un beau-père et de sa belle-fille et chez Boaz d'épousailles d'un oncle (Boaz étant, selon une tradition rapportée par le Midrach rabba Ruth 6,3, le frère d'Elimélekh) et de sa nièce par alliance.

D'après rav Yaaqov Medan
 

Le message central de Chavouot
 


La fête de Chavouot présente une particularité tout d'abord quant à son nom. En effet, alors que la fête de Souccot porte ce nom en référence aux cabanes habitées par les Juifs durant toute une semaine et que la fête de Pessa'h s'appelle « 'Hag Ha-Matsot » parce qu'on consomme des matsot sept jours de suite, le nom de Chavouot renvoie aux semaines écoulées depuis la Sortie d'Égypte, justement fêtée au premier soir de Pessa'h.
Fait significatif : la Torah n'a pas précisé la date du calendrier fixée pour Chavouot, et ce, à la différence des autres fêtes très précisément situées dans le temps.
Alors d’où viennent ces particularités ?
En nous basant sur un texte de la Guemara Ména'hot (page 65), il faut d'emblée rappeler que le fondement même de Chavouot constitue une réponse à toutes les fêtes des mouvements comme les Saducéens et autres Batusséens qui s’opposaient autrefois à la Torah orale (la Tora ché béal pé).
En effet, ces derniers prenaient « à la lettre » le verset de la Torah écrite qui demande - au sens littéral - de commencer le compte de l'Omer « au lendemain du Chabbat », soit donc toujours un dimanche (yom richon en hébreu). Voilà pourquoi, selon leur comptage erroné, la fête de Chavouot intervenant 7 semaines plus tard tombait aussi un dimanche…
Notons en passant que dans le christianisme - une religion ayant hérité des pratiques de ces deux sectes -, on a fixé un « lundi de Pâques » et un « lundi de Pentecôte », justement en se basant sur ce verset mal interprété.
Le « yom richon » des Chrétiens s'étant déplacé du samedi au dimanche (comme jour de repos hebdomadaire), les deux fêtes en question - Pâques et la Pentecôte – tombent le lendemain de leur jour férié, soit chaque fois un lundi.
L'appellation « Chavouot » fait donc référence au temps. Dès le premier verset de la Torah, on nous indique : « Béréchit bara Elokim èt hachamaïm veèt haaretz » - que l'on traduit couramment par « Au commencement D.ieu créa les cieux et la terre ».
Mais une petite précision d'importance : le terme « chamaïm » est traduit par certains maîtres comme le pluriel du mot « cham » (là-bas). Et donc, au tout début, Hachem a créé tous les « cham » de l’Histoire, à savoir tous les buts et horizons de ce monde. Quant au terme « eretz », il vient de la racine « ratz » (courir vers). Voilà pourquoi l'expression « Chamaïm vé-haaretz » désigne une destination et le moyen d’y parvenir !
De plus, dans le plan de la Création du monde, il est dit : « Chéchèt yamim assa Hachem èt hachamaïm veèt haaretz » (D.ieu a créé les cieux et la terre). Or, il n’est pas écrit « bé chéchèt yamim » (en six jours), mais bien « chéchèt yamim » (six jours).
Ce qui signifie que le « temps » de la Création est en soi une création divine ! En effet, le temps a été créé pour que l‘homme lui donne un sens. Car en tant que tel, il n’est qu’une durée et un écoulement vides de sens. Or le but de la Torah est de nous aider à donner un sens au temps, à savoir : six jours pour agir, puis le « yom ha-Chevii », le « Chabat d'Hachem ».
Le plan de la vie de chacun consiste donc à devoir remplir le temps des six jours et à réussir à faire du Chabbat le but de notre vie.
Comme le dit le Talmud, ce Chabbat est « mé ein olam haba », une sorte de préfiguration et d’avant-goût du Monde qui vient (olam haba) : c'est dans cette optique que l’homme doit organiser toute sa vie.
Ce qui compte, ce n’est pas ce que nous « faisons » pendant les six jours (notre profession), mais le fait de savoir si nous avons bien perçu que le but de notre vie c’est d’organiser notre temps pour qu'il nous mène à la destination ultime du Chabbat de D.ieu.
Ainsi, retrouvons-nous le vrai sens de Chavouot en tant que « fête des semaines » : un moment qui intervient après « chéva chabbatot témimot » (7 chabbatot pleins), une période de 7 semaines entières lors de laquelle - grâce au compte quotidien de l'Omer -, l'être doit se travailler pour organiser son temps de manière à bien remplir sa vie et à monter « l’échelle des qualités humaines » (middot) de l'Omer, pour arriver enfin au Don de la Torah.

Par Harav Sitruk shlita
 
Les Pains de Chavouot
 
 
En reliant différents aspects spécifiques à Chavouot, on s’aperçoit que beaucoup tendent vers une même idée, qui met en relief l’une des vertus essentielles de la Torah. Une spécificité de Chavouot, apparaît dans ce passage du Talmud de Jérusalem (Roch Hachana 4, 8) : « Rav Mécharchya dit au nom de rav Idi : Pour tous les sacrifices des fêtes, il est dit : ‘Un sacrifice expiatoire’, hormis pour Atséret [Chavouot], où il n’en est pas fait mention ».
En effet, pour toutes les autres fêtes de l’année, nous devions amener au Temple un « bouc expiatoires » – à Pessa’h (Bamidbar 28, 22), à Roch Hachana (ibid. 29, 5), à Yom Kippour (verset 11) et à Soucot (verset 16). Or pour Chavouot, le sacrifice du bouc n’apparaît pas avec le qualificatif d’« expiatoire », mais simplement : « Un bouc pour vous servir d’expiation ».
Selon le Talmud de Jérusalem, cette anomalie s’explique comme ceci : « Le Saint béni soit-Il a dit : ‘Parce que vous avez accepté le joug de la Torah, Je considère que vous n’avez jamais fauté de votre vie !’ ».
Parmi les autres particularités de la fête de Chavouot, toujours relatives à ses sacrifices, on trouve aussi les Deux pains. Ceux-ci étaient une oblation propre à cette fête – puisqu’on ne les retrouve à aucun autre moment de l’année – avaient en outre la particularité d’être confectionnés exclusivement à partir de farine de blé.

 
Le blé

Dans les écrits de nos Sages, on trouve différents enseignements au sujet du blé, dont les conclusions comportent une certaine ambigüité. Le Maharcha, dans le traité Roch Hachana (16/a) explique qu’à Pessa’h, on approche un sacrifice à partir d’une céréale propre à la bête – le sacrifice du omer à base d’orge –, car en sortant d’Egypte, les enfants d’Israël étaient encore dénués de mitsvot, et n’avaient guère plus de mérites qu’une bête.
Mais à Chavouot, avec la Révélation du Sinaï et le don de la Torah, le peuple hébreu s’éleva au-dessus de tous les êtres de la Création, et mérita d’approcher un sacrifice faite à partir d’une céréale d’homme, les Deux pains de blé. Le Maharcha lie cette idée avec un autre passage du Talmud (Sanhédrin 70/b), où l’on apprend que selon Rabbi Yéhouda, le fruit défendu que consommèrent Adam et ‘Hava n’était autre que le blé. En effet, explique-t-il, « un enfant n’apprend à dire ‘papa’ et ‘maman’ qu’à partir du moment où il consomme des céréales » – preuve en est que l’Arbre de la connaissance était bien le blé, céréale de la sagesse par excellence, qui dote l’enfant de la faculté de la parole.
Or, c’est justement là que le bât blesse.

Si le blé apparaît effectivement comme un symbole de sagesse – et justifie à ce titre d’accompagner le Don de la Torah –, il est tout autant le symbole de la faute et de la déchéance humaine, puisque c’est par sa faute que le premier des hommes fut chassé du Jardin d’Eden et voué à la malédiction.
Ce paradoxe est d’ailleurs mis en évidence par le Maharacha lui-même, dans son commentaire sur cet autre passage du Talmud, où il explique que les excréments d’un enfant ne sont considérés comme une « souillure » qu’à partir du moment où il commence à consommer… des céréales (d’après Souca 42/b).
Cette ambivalence est soulignée par un verset de Kohélet (1, 18), où l’on peut lire : « Abondance de sagesse, abondance de tourments » – plus l’homme s’assagit, plus il s’accable de tourments.

Si le blé ouvre à l’enfant la voie de la parole et de la sagesse, il y sème également de nombreuses embûches… D’ailleurs, rappelle le Maharacha, ce même verset est attribué par le Midrach à Adam haRichon, qui par son désir d’accroître sa sagesse, ne récolta que des tourments. Ceci confirme la relation entre le fruit défendu et le blé, le fruit à l’origine de tous nos maux.
Résumons donc : d’une part, le blé est considéré comme le fruit de sagesse par excellence, au point qu’il mérite de célébrer la fête du Don de la Torah avec des Pains que l’on n’approche qu’à cette date de l’année uniquement.

Et c’est d’ailleurs grâce au blé que l’enfant se dote de la faculté de la parole. Or paradoxalement, le blé est considéré comme le symbole de la « souillure » humaine, dont l’incarnation la plus probante fut la faute d’Adam et ‘Hava qui jeta le spectre de la mort sur l’humanité.
 
Le levain dans la pâte

La réponse à ce paradoxe se trouve peut-être dans un commentaire du Kéli Yakar, concernant ce fameux sacrifice des Deux pains (Vayikra 23, 16). Une autre particularité de ces Deux pains était qu’on laissait la pâte gonfler, de sorte à obtenir du ‘hamets.

Or dans le Temple, les oblations de pain étaient dans leur grande majorité faites sous la forme de matsot. Pour le Kéli Yakar, cette particularité est la preuve que les Deux pains de Chavouot représentent précisément le mauvais penchant, souvent désigné comme le « levain dans la pâte ».
Pourquoi ce symbole à l’intérieur d’un sacrifice ? Parce que la Torah et le mauvais penchant sont deux éléments indissociables et complémentaires ! Une célèbre pensée de nos maîtres dit en effet : « J’ai créé le mauvais penchant, et J’ai créé la Torah en remède » (Kidouchin 30).
C’est d’ailleurs par cet argument que Moché parvint à faire descendre la Torah des Cieux : lors de la Révélation du Sinaï, les Anges de service s’étaient en effet opposés à ce que D.ieu donne la Torah aux hommes. Mais finalement, Moché eut gain de cause lorsqu’il leur demanda : « Etes-vous seulement habités d’un mauvais penchant ? ».
En clair, la Torah est l’unique véritable réponse aux agressions des mauvaises tendances humaines.
Mais ceci va en fait bien plus loin : non seulement la Torah est une arme contre le mal, mais de plus, elle a la capacité sublimer le mal et de le changer en bien ! C’est cette idée que l’on suggère en approchant à Chavouot deux pains confectionnés sous la forme de ‘hamets : avec la Torah, le « levain » qui est dans cette même pâte devient un sacrifice consacré à D.ieu.

Ce faisant, nous l’incorporons et l’assimilons à Torah, offrant ainsi au mauvais penchant son ultime but : œuvrer pour le bien.
Tant et si bien que nos Sages préconisent à un homme agressé par les appels de son mauvais penchant : « Attire-le à la maison d’étude » – exploite ses propres forces et sers t’en pour le bien.
C’est là le message de la fête de Chavouot : rappeler à l’homme que nul mal n’est voué à la perte. Les pires de nos tendances, même nos plus abjects défauts peuvent être exploités pour le bien, pour peu qu’on laisse la Torah y pénétrer.
C’est pour cette raison qu’en ce jour, nous approchons un sacrifice fait à partir de blé – origine de la déchéance humaine – et le consacrons à son but ultime : la sagesse qu’il incarne lui-même.

Dans cet ordre d’idées, le Talmud de Jérusalem – par lequel nous avons commencé cette étude – relève qu’à Chavouot, le bouc approché n’est pas par définition « expiatoire ». Et ce, parce qu’en acceptant la Torah, nous nous dotons de la capacité de réorienter tout mal vers le bien. Tant et si bien que nous pouvons désormais être considérés « comme si nous n’avions jamais fauté de notre vie ».
Enfin, cette idée apparaît également dans la lecture de la Méguila de Ruth. Ruth descend en effet de l’une des nations les plus exécrées par le peuple juif, au point que la Torah interdit toute alliance avec elle : « Que nul Ammonite ni Moabite n’entrent dans la communauté de l’Eternel » (Dévarim 23, 4). La nation de Moav incarne d’ailleurs l’un des aspects les plus abjects de la nature humaine : son nom rappelle qu’elle vit le jour à partir de l’inceste entre Loth et sa fille, qui plus est réalisé en connaissance. Moav signifie en effet « Mé-Av » – « Du père »…

Pourtant, Ruth réussit par son dévouement exceptionnel à renverser la vapeur, et à ramener tout le mal qu’elle portait en elle en puissance vers le bien ultime. Sa démarche fut d’ailleurs couronné de tant de succès, qu’elle devint la mère de la lignée de David dont sera issu le Machia’h, qui fera régner le Bien absolu sur le monde.

Par Yonathan Bendennnoune

Grandeur et Unité
 
 
Sept semaines séparent la naissance d'Israël (Pessah) du don de la Torah ( Chavouot ). Temps de maturité d'un peuple qui devenu adulte peut recevoir la Torah. La Halacha (droit hébreu) retiendra que seul l'homme majeur peut accueillir la Parole divine.
L'hébreu dit "Grand" ( gadol ) pour signifier la majorité. Grandeur qui définit la manière unitive d'organiser sa vie. Construit à partir de la racine Gad signifiant continuité, constance et permanence, la Grandeur s'oppose à la modalité d'existence de l'enfant(katan)qui n'est que brisure, discontinuité et versatilité (sens initial de la racine Kat à entendre comme l'expression de Kitiyout ou fragmentation, coupure, sectionnement).
La fragilité de l'enfance ne réside pas dans une aptitude logique limitée mais dans l'impossibilité d'une constance dans les actes, les pensées et les décisions. Rien n'est plus versatile et changeant que l'humeur d'un enfant. L'adulte impose à sa vie une constance, qui confère à ses actes la consistance de la continuité. Un acte valeureux mais isolé et sans lendemain ne compte pas dans l'existence. Combien sont risibles ces grandes décisions qui ne résistent pas à l'érosion du temps !
Etre majeur c'est savoir unifier tous les instants de sa vie en une longue expérience. Tel Abraham qui au crépuscule de sa vie se présente avec tous ses jours' s'étant préservé du désastre d'une existence éclatée.
La majorité est affaire de Daat , improprement traduit par le vocable
de raison comme si seuls comptaient l'exercice des neurones et la puissance discursive. Le Daat est signe d'unification et d'union (« Or l'homme s'était uni ( Yada ) à Eve sa femme »Gen 4,1).

C'est toujours sous son aspect éclaté et fragmentaire que le monde apparaît à l'homme. Il lui revient de l'unifier, de l'organiser comme on range des mots pour en faire un livre. Unification qui se réalise dans l'exister propre du sujet. Une existence unifiée permet de s'affranchir de la pluralité, de sublimer les différences en un exister unique.
Oeuvre d'unification qui s'applique particulièrement au domaine de l'étude.
Unité de l'étude
« Tu les inculqueras (ve ChiNaNtam ) à tes enfants et tu t'en entretiendras » (Deut.6,7)
Commentaire du midrash :
« Tu les inculqueras à tes enfants. Que les paroles de Torah soient tranchantes (Had)dans ta bouche. De telle sorte que si l'on t'interroge, tu ne balbuties (guimgoum) pas mais expliques avec clarté ». (Sifri ad. loc et Talmud Kiddouchine, 30).

Enseignement capital certes, mais quel est son rapport avec ce verset qui parle de transmission et d'enseignement. Mais s'agit-il vraiment d'une seule contrainte intellectuelle ?
Le terme Had , traduit ici par le tranchant, renvoie en premier lieu à la notion d'unité. La lame aiguë et tranchante est dite ?
une' parce qu'elle s'assimile en quelque sorte à l'élément tranché, alors qu'un couteau épais ne peut s'identifier avec lui, restant toujours corps étranger, ce qui induit un découpage grossier. Il est donc question ici d'une convocation à l'unité dans l'étude.
Le balbutiement par contre définit une élocution coupée sans unité, sans continuité.
Le vocable Guimgoum est construit sur la redondance du gam signifiant aussi, même. Balbutier, c'est prononcer un discours haché composé de bribes distinctes que n'unifie pas l'aisance de l'élocution. C'est prononcer une chose et aussi ( gam ) une autre sans que jamais ces deux éléments ne se fondent dans un discours cohérent.
A l'unité du Had s'oppose la pluralité du guim-goum .
L'unité recherchée consiste en l'identification profonde du lecteur avec le texte étudié. Intégrer le savoir à son être, s'unifier totalement avec lui, sont les conditions indispensables pour un attachement à la Torah. L'hésitation dans l'expression, le balbutiement, sont preuve de la non-identité du sujet au texte. L'aisance de l'exposition, le discours tranchant, manifestent au contraire cette identification.
L'approche intellectuelle n'atteindra jamais cette pénétration.
Au contraire, l'analyse scientifique présuppose toujours un hiatus entre l'objet examiné et le chercheur qui observe. C'est à partir de cette distance, de ce recul face à l'objet, que l'examen est possible.
L'étude biblique se réalise, par contre, sous le mode du Daat qui, plus qu'un savoir, est union et identification. L'intégration du savoir intellectuel et son prolongement dans l'être entier réduit la distance d'un moi qui n'est plus observateur extérieur, mais qui s'identifie avec le texte.
Unité qui rend possible un enseignement qui ne soit pas dissémination.Plus que des connaissances le Maître enseigne le secret de cette union. Renouvelée par l'élève elle donnera lieu à une nouvelle approche de la Torah. Innovation du sein même de la plus pure continuité.
La transmission du savoir se révèle totalement insuffisante à lier les générations. Celle-ci ne peut passer que par une identification commune à la Torah.

Par le Rav Moshé Tapiero

Source Chiourim et Chiourim et Chiourim et Chiourim et Chiourim

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire