Investir dans la “périphérie sociale” est une bonne idée, encore faut-il la définir : c’est à cette tâche que s’attable le Conseil des ministres. En Israël, il n’est pas « bien-pensant » de parler en public des pauvres, des inégalités et de la précarité. Il est préférable de dire « périphérie » pour désigner les marginaux de la société israélienne ; c’est plus soft, plus chic, et moins dérangeant. Le gouvernement israélien aussi a décidé de modifier la terminologie officielle : désormais, les habitants de la « périphérie » ont un ministère qui va s’occuper d’eux...
CHANGEMENTS DE PRÉROGATIVES
Il faut dire que l’instabilité du gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahou a aussi du bon ; elle permet des changements fréquents de responsabilités ministérielles.
Car depuis un an, les impératifs d’une coalition étroite obligent le chef du gouvernement israélien à des changements de portefeuilles, notamment en modifiant le champ des prérogatives.
C’est le cas du ministère du Développement du Néguev et de la Galilée. Confié en mai 2015 à Aryé Makhlouf Déry (en plus du ministère de l’Intérieur), ce ministère a changé de nom au mois de novembre de la même année : désormais, il faut dire « ministère du Développement de la Périphérie, du Néguev et de la Galilée ».
L’introduction du mot « périphérie » dans l’intitulé d’un ministère exigeait des éclaircissements, surtout pour éviter tout malentendu inutile. Aujourd’hui, c’est chose faite : réuni ce dimanche à Jérusalem, le Conseil des ministres s’est attaché à définir la « périphérie sociale » qui fera partie des prérogatives de ce ministère aux responsabilités élargies.
UNE PÉRIPHERIE DÉLAISSÉE
Intuitivement, tout un chacun peut définir la « périphérie » : une région qui s’étend autour d’une autre zone. Le bon vieux Larousse définit la périphérie comme « Ensemble des quartiers situés loin du centre d’une ville » ou encore « Ensemble des pays sous-développés, dont l’évolution est dépendante des pays industrialisés avancés, ce qui accentue leur sous-développement ».
Autrement dit, on parle plus volontiers de « périphérie géographique », mais beaucoup moins de « périphérie sociale » qui ne figure dans aucun dictionnaire connu.
C’est pourquoi, il a fallu pas moins de 16 pages aux ministres israéliens pour préciser le « changement de définition de la périphérie sociale concernant les domaines d’action du ministère du développement de la périphérie, du Néguev et de la Galilée » ; c’est l’intitulé exact de la décision adoptée ce dimanche à Jérusalem.
3 MILLIONS D’ISRAÉLIENS « PÉRIPHÉRIQUES »
La décision des ministres se base sur les chiffres que publie régulièrement l’Institut de la Statistique ; celui-ci classe les villes israéliennes en fonction d’un indicateur socio-économique prenant en compte différents facteurs comme : l’éducation, le niveau de vie, les prestations sociales, le revenu, le nombre de véhicules, l’usage de l’ordinateur, etc.
Les 252 villes d’Israël sont alors classées selon leur niveau socio-économique : depuis le plus faible (Laqye) et jusqu’au plus élevé (Savyon). Pour faciliter l’usage de l’indicateur, les villes sont aussi regroupées en 10 grappes urbaines (en anglais Clusters) : depuis la grappe à l’indicateur le plus faible (grappe 1) jusqu’au plus élevé (grappe 10).
Le gouvernement israélien a donc décidé que la « périphérie sociale » serait composée des localités classées dans les grappes 1 à 4 : au total, il s’agit de 109 localités (sur 252), totalisant 3 millions d’habitants, soit 36% de la population israélienne.
Par ailleurs, cette « périphérie sociale » vient d’être déclarée « zone de préférence nationale », ce qui lui permettra de recevoir davantage d’investissements publics et d’accorder des avantages fiscaux aux investisseurs privés.
Le ministère du Développement de la Périphérie, du Néguev et de la Galilée peut se mettre au travail.
Jacques Bendelac (Jérusalem)
Source Israel Valley
