jeudi 5 mai 2016

Berlin, nouvelle terre promise pour les israé­liens



Ils sont des milliers, chaque année, à quit­ter Israël pour s’éta­blir en Alle­magne. À l’ins­tar de Michael et Mali, ils s’in­ventent une nouvelle vie dans cette ville cosmo­po­lite, loin des démons de son passé...




 
De la rue on voit une étrange lueur vaciller à la fenêtre de l’ap­par­te­ment fami­lial de Mali et Michael, arri­vés d’Is­raël il y a peu de temps. On pour­rait penser qu’il s’agit d’une bougie d’au­tant qu’on est vendredi soir et que les prépa­ra­tifs de shab­bat commencent.
Mali s’ex­plique en riant : « Je suis encore peu à l’aise d’être une Israé­lienne débarquée à Berlin. J’ai donc opté pour des chauffe-plats. Ainsi je respecte la tradi­tion mais je ne me fais pas repé­rer.»
Michael la regarde avec douceur : « Elle a fait de gros progrès ces derniers mois. Elle peut descendre dans une cave sans avoir l’impres­sion de trahir les siens, elle ne fond plus en larmes devant les pavés de cuivre à la mémoire les dépor­tés. » Mali pique un fard.
Une fois Michael sorti de la pièce pour rejoindre les enfants, elle confie : « Ce qu’il ne sait pas c’est que main­te­nant je suis hantée par les greniers et j’ima­gine toutes les familles qui ont dû s’y cacher, la peur et la souf­france que contiennent les murs. Mais Berlin c’est le lieu d’ori­gine de ma belle-famille et personne ne nous empê­chera d’y reve­nir. »


En Alle­magne, la tendance est inverse à celle obser­vée en France


Selon les chiffres de l’am­bas­sade de l’état hébreu à Berlin, l’af­flux des Israé­liens n’a cessé de grim­per, passant de 15 000 à 25 000 ces deux dernières années. En quinze ans, l’Al­le­magne a accordé 100 000 passe­ports à des Israé­liens, à raison de 3 000 par an, avec une progres­sion régu­lière jusqu’à 7 200 en 2015. Ainsi, en Alle­magne, la tendance est inverse à celle obser­vée en France, où plus de 8 000 Français de confes­sion juive ont fait l’alyah en s instal­lant en Terre promise en 2015.
L’an­née précé­dente ils étaient 7 000 à quit­ter l’Hexa­gone, plus du double du nombre de 2013, selon les statis­tiques du minis­tère israé­lien de l’In­té­gra­tion.
Michael explique : « Une maison d’édi­tion qui publie en hébreu vient de naître, un maga­zine aussi. Certains ont choisi cette desti­na­tion tout simple­ment aussi parce qu’ils sont des artistes et qu’ici on peut encore vivre de son art tant la vie est peu chère. »
« J’adore Berlin ! » déclare Tamara, leur fille de 12 ans. « Je vais dans une école juive donc je n’oublie pas l’hébreu, et aux yeux de mes copines restées à Tel-Aviv je vis une vraie aven­ture ! D’ailleurs je tiens un blog et je filme presque tous les jours les lieux par où je passe. Comme aujourd’hui, avec papa que j’ai accom­pa­gné ache­ter des vinyles dans l’ancien ghetto juif. L’his­toire de nos familles est partout. »
Même si désor­mais ce coin au cœur de la ville est devenu bran­ché avec ses marchés éphé­mères et ses ateliers-boutiques de stylistes.


« Je suis de la troi­sième géné­ra­tion, celle qui ose regar­der le passé en face »


Les pâtes sont presque prêtes, Michael débouche une bouteille de vin, lance sur la platine Style Coun­cil, un groupe de soul britan­nique des années quatre-vingt tandis que Yanay joue en ligne au jeu vidéo « Mine Kraft » avec ses copains de Tel-Aviv. Michael raconte : « J’ai été le premier à poser des ques­tions à mon grand-père qui a pu fuir à temps.
Je suis de la troi­sième géné­ra­tion, celle qui ose regar­der le passé en face et veut aller de l’avant. J’aime ce pays et sa culture, si proche de la mienne par bien des aspects : le goût pour la musique, les arts, la litté­ra­ture, le goût du travail bien fait », explique ce peintre.
Avec sa femme, ils ont monté il y a dix ans leur entre­prise de jouets de bain pour bébés, que Michael dessine et qui sont fabriqués en Chine. Un busi­ness qu’ils ont apporté dans leurs bagages.
« Le fait d’avoir quitté Israël nous ouvre le marché arabe, explique Mali. Michael s’est remis à peindre. Il monte une expo­si­tion en juillet, chose qui n’était pas arri­vée depuis des années ! »
Truf­fée de bars, de gale­ries d’art, de salles de concert et malgré un taux de chômage qui frôle les 10 %, Berlin est une ville joyeuse.


Par Emma­nuelle Eyles 


Source VSD