jeudi 17 décembre 2015

En conflit avec la Russie, la Turquie fait les yeux doux à Israël


C'est avec un détachement peu habituel que le chef de l'Etat turc Tayyip Erdogan a annoncé aux journalistes qui l'accompagnaient dans l'avion qui le ramenait du Turkménistan que la normalisation avec Israël serait une bonne chose pour les intérêts des deux pays. On avait connu le raïs turc beaucoup plus virulent contre l'Etat hébreu avec lequel les relations diplomatiques ont été rompues après l'assaut en 2010 de la flottille de Gaza Mavi Marmara et la mort de 11 citoyens turcs...


Entre-temps, les relations se sont dégradées avec la Russie qui pourvoit à 55 % des besoins de la Turquie.
Ankara cherche depuis à diversifier ses sources d'approvisionnement. L'Azerbaïdjan et le Turkménistan sont les deux pays qui viennent immédiatement à l'esprit mais la dernière sortie d'Erdogan a relancé l'idée d'une réconciliation avec Israël qui reste maîtresse de l'exploration de l'offshore méditerranéen.

Les 3 conditions sine qua non d'Ankara

Tayyip Erdogan a bien pris soin de rappeler que la satisfaction des trois conditions posées par Ankara était toujours d'actualité. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou s'est excusé en 2013 mais les négociations sur les compensations financières patinent. La levée du blocus de Gaza, quant à elle, n'est même pas évoquée.
«Cette normalisation a beaucoup de choses à nous faire gagner, à nous, à Israël, à la Palestine et à toute la région. La région a besoin de cela», a-t-il tout de même déclaré.
Une main tendue qui a reçu un écho favorable en Israël. Le directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien, Dore Gold, a indiqué qu' «Israël avait toujours aspiré à avoir des relations stables avec la Turquie et qu'elle recherchait les moyens pour atteindre ce but». Une déclaration diplomatique aseptisée qui prend soin de ne pas répondre directement aux conditions de la Turquie.
«Les tensions sont passagères. Nous voyons que la relation peut être gagnant-gagnant entre les deux pays avec le commerce gazier», a assuré de son côté la chargée d'affaires de l'ambassade d'Israël à Ankara, Amira Oron.
Le journal Yediot Aharonot a , lui, interrogé un diplomate qui a tenu des propos moins enthousiastes. «Nous avons présenté nos excuses et nous sommes prêts à verser une compensation. Il [Erdogan] devrait arrêter de dire des bêtises à propos de la levée du siège de Gaza parce que la Turquie sait qu'il n'en est rien et nous ne sommes pas prêts à payer plus au nom de la normalisation. La balle est désormais dans leur camp», a-t-il confié sous le couvert de l'anonymat.

Vers une coopération gazière entre la Turquie et Israël ?

Des rumeurs couraient sur l'arrivée en Turquie du ministre israélien de l'Energie, Yuval Steinitz, mais elles ont été vites démenties. Il n'en reste pas moins que Netanyahou avait lui-même annoncé lors d'une audition à la Knesset qu'il enverrait des représentants en Turquie et en Egypte pour discuter de la question énergétique.
Une aubaine pour Ankara qui, confrontée au durcissement de ton avec Moscou, souhaite se débarrasser de la dépendance énergétique vis-à-vis de ce pays. Vladimir Poutine est perçu comme un leader capable de se saborder lui-même pour nuire à son ennemi.
De son côté, Washington pousse à un accord et a même tenté de convaincre sans succès Steinitz de participer à un sommet sur l'énergie organisé le mois dernier à Istanbul. La Turquie suit également de très près le rapprochement entre Israël, la Grèce et Chypre.
En janvier prochain, les trois pays s'apprêtent à organiser un sommet sur la question énergétique. Le champ gazier du Léviathan situé près des côtes israéliennes a été découvert en 2010 (425 milliards de mètres cubes) et Tel Aviv a déjà commencé à tirer profit d'un autre champ pétrolier, celui de Tamar, situé également en Méditerranée, au nord-est du premier.


Lieberman s'oppose à la normalisation

Un autre événement pourrait être de nature à accélérer les choses. Un arbitrage rendu récemment par la Chambre de commerce internationale a condamné l'Egypte à verser 1,6 milliards d'euros à la Compagnie d'électricité d'Israël pour avoir interrompu en 2012 ses fournitures de gaz après des attentats qui avaient touché le gazoduc du Sinaï.
Le coup de froid entre Le Caire et l'Etat hébreu pourrait représenter une opportunité pour relancer le projet d'exportation du gaz israélien via un pipeline qui passe par la Turquie.
Selon Matthew Bryza, ancien ambassadeur des Etats-Unis à Bakou et bon connaisseur de la Turquie, Israël pourrait aussi fournir 20 % du gaz nécessaire à la Turquie soit de 8 à 10 milliards de mètres cubes. Toutes ces questions s'apparentent pour l'heure à des conjectures tant le contact entre les deux capitales reste sans éclat particulier.
Avigdor Lieberman, l'ancien chef de la diplomatie et le président du parti Israël Beitenu, a été l'un des premiers à protester contre une telle perspective. Il a estimé que la normalisation avec la Turquie pourrait entraver le rapprochement avec la Grèce et Chypre et froisser la Russie. «Un prix qui n'est pas raisonnable», a-t-il tranché

Source Zaman France