Le principal but de l'incarcération à perpétuité des détenus palestiniens qui ont tué des Israéliens est d’éviter qu’ils planifient et organisent à nouveau de telles attaques. C’est ce qu'a expliqué le directeur d'une prison israélienne où sont emprisonnés 600 Palestiniens, lors d’une interview accordée à i24news, qui a été autorisé à effectuer une rare visite dans un établissement de haute sécurité...
Les prisonniers incarcérés à la prison de Gilboa, dans la vallée de Jezre'el (nord), sont issus notamment du FPLP (Front populaire pour la libération de la Palestine), du Fatah et du Djihad islamique. Plus récemment, on y a enfermé certains membres apparentés au groupe Etat islamique.
Parmi eux se trouve Amjad Awad, qui a assassiné avec son cousin la famille Fogel (les deux parents et trois de leurs enfants) dans l’implantation d'Itamar en Judée-Samarie, en 2011. Un tribunal militaire l'a condamné à 130 années de prison.
"Nous avons ici des prisonniers condamnés à plusieurs peines de prison à perpétuité, des détenus très dangereux qui ne voient pas la fin de leur incarcération. Voilà pourquoi ils continuent de tenter de s'échapper", explique Eli Gabai, directeur de la prison, qui a occupé durant plusieurs années des postes militaires confidentiels. Les autorités pénitentiaires ont récemment découvert un tunnel d’évasion long de deux à trois mètres.
5.753 prisonniers palestiniens purgent aujourd'hui leur peine dans les prisons israéliennes pour, ce qui est qualifié d'"infractions liées à la sécurité". En plus de la valeur dissuasive de ces incarcérations, elles constituent de sérieux atouts lors des négociations que mène le gouvernement pour obtenir la libération d'Israéliens capturés par des groupes palestiniens.
La question des détenus palestiniens et de leurs droits a pris une place importante dans le début public durant les dernières semaines, en raison de la grève de la faim que des dizaines d’entre eux ont entamé. L’un d’eux n'a pas mangé depuis plus de 55 jours.
Une nouvelle loi adoptée le mois dernier permet maintenant de nourrir de force ces grévistes de la faim si leur vie est en danger.
"La grève de la faim est un outil que les prisonniers utilisent dans les Etats démocratiques pour tenter d’obtenir ce qu'ils pensent qu'ils devraient obtenir. Nous avons eu des prisonniers qui ont fait des grèves de la faim de 30 à 40 jours", raconte Gabai.
"Nous respectons la Troisième Convention de Genève", ajoute-t-il. "Les prisonniers obtiennent tout ce à quoi ils ont droit et même plus".
Plus de 70 caméras sont installées dans toute la prison et des chiens de garde patrouillent le long des clôtures.
Cela n'empêche pas les prisonniers de tenter de fuir, et leurs proches d'essayer de passer en contrebande des articles interdits.
Les articles les plus confisqués à l'entrée des prisons sont les téléphones cellulaires. Mais parfois, les enfants des détenus arrivent à donner un téléphone à leur père lorsqu’ils les embrassent. Parfois, ils les cachent dans leurs sous-vêtements, parfois dans le plâtre d'une jambe.
Les téléphones, explique Gabai, sont un outil important pour que les terroristes transmettent des messages à l'extérieur afin d’organiser des attaques.
"Telle est leur but ultime, ils ont beaucoup de temps pour planifier et ils ne manquent pas de motivation. Réussir à mettre sur pied une attaque terroriste de l'intérieur est prestigieux pour leur statut auprès des autres détenus et de la direction palestinienne", précisé Gabai.
Puis il explique le dilemme auquel il est confronté: "certains de ces prisonniers ont commis des actes horribles. Je représente les victimes et la société israélienne, d'une part. Mais de l’autre, ces prisonniers sont aussi sous ma responsabilité. Vous devez mettre de côté ce qu'ils ont fait, voir la personne en face de vous, et ce n’est pas si facile ".
Par ailleurs, la liste des droits des prisonniers de haute sécurité en Israël est longue et controversée: ils ont droit à des visites familiales, aux visites de leurs avocats et des membres de la Knesset, ils reçoivent des journaux, disposent de 13 chaînes de télévision dans leurs cellules.
Chaque détenu reçoit 2000 shekels (470 euros) de l'Autorité palestinienne pour faire des courses à la cantine, passent des examens médicaux et bénéficient de soins dentaires, et peut réclamer des livres de la bibliothèque qui ne sont pas sous le coup de la censure, évidemment.
Jusqu'à il y a trois ans, ils pouvaient également suivre des études universitaires, mais suite à des critiques, ce droit a été retiré.
Source I24News
