Le Bateleur des savanes (Terathopius ecaudatus) est un rapace trapu de taille moyenne (envergure : de 1,68 à 1,90 mètre) vivant en Afrique tropicale et dans le sud-ouest de la péninsule arabique, dans les régions boisées à hautes herbes, les savanes, les semi-déserts et les prairies jusqu'à 3 000 mètres d'altitude. Sa silhouette est très particulière, avec ses longues ailes et sa queue très courte (un peu plus longue chez le juvénile)...
Il plane facilement et longuement, les ailes en V, en se balançant à droite et à gauche. Il est aussi capable d'effectuer de spectaculaires acrobaties, par exemple durant la parade nuptiale. Le terme "bateleur" désignait d'ailleurs au Moyen Âge une personne exécutant des tours d'adresse dans les foires et sur les places publiques. Il se nourrit de petits mammifères, d'oiseaux et surtout de reptiles (il est assez proche des espèces du genre Circaetus).
L'adulte est coloré : sa tête et ses rémiges noirs, son manteau, son croupion et sa queue sont noisette, ses épaules sont grises, son bec est noir, jaune et rouge, sa cire, sa face nue et ses pattes sont rouges. La femelle ressemble au mâle mais ses secondaires sont grises à bout noir.
Le juvénile a le dessus brun liséré de roux, le bec est gris-bleu, la cire, la zone nue de la face et les pattes sont bleu-vert. L'immature est noirâtre taché de noisette sur le dos et de gris sur les épaules, la cire et la zone nue de la face sont orange et les pattes sont roses. Le Bateleur des savanes ne devient adulte qu'à partir de la septième année.
C’est un oiseau accidentel très rare dans le Paléarctique occidental : il a déjà été noté en Afrique du Nord (en Égypte et en Tunisie), en Europe (deux données à Chypre et en Espagne ), et onze fois en Israël. Dans ce dernier pays, il s'agissait toujours de juvéniles, et presque tous ont été observés à la fin du printemps et en été, une période classique pour l'observation de plusieurs espèces africaines comme le Tantale ibis (Mycteria ibis) et le Pélican gris (Pelecanus rufescens) : il s'agit probablement d'oiseaux non nicheurs s'aventurant loin au nord de leur aire de reproduction normale, selon le phénomène du dépassement d'aire printanier en suivant la vallée du Rift.
Durant l'automne 2014, un Bateleur des savanes a été repéré en Galilée (dans le nord d’Israël) lors du suivi de la migration postnuptiale des rapaces : il se déplaçait vers le Nord et il a probablement atteint la Turquie (un oiseau avec un plumage très similaire a en effet été noté dans le sud de ce pays une semaine plus tard).
A la fin de l'année 2014, l’ornithologue Ezra Hadad a observé un juvénile dans la plaine de Judée, au sud du pays hébreu, mais il n'était pas resté sur place. Au début du mois de juin 2015, le probable même individu a été retrouvé dans cette région, chassant les campagnols dans les champs cultivés en compagnie de Circaètes Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus).
Il est resté plusieurs jours (il était encore présent le 29 juin), permettant à plusieurs observateurs israéliens et étrangers de l'admirer.
Jonathan Meyrav, responsable du développement du tourisme ornithologique pour l'Israel Ornithological Center, avait déjà observé de nombreux Bateleurs des savanes en Afrique, y compris des adultes, mais il avait à chaque fois raté l’espèce quand elle avait été signalée en Israël : par exemple, au printemps 2006, quand un oiseau avait été observé au-dessus d'Eilat, il se trouvait dix kilomètres plus au nord, et il avait dû se contenter de photos.
En 20 ans, il est passé à côté de quatre bateleurs ! Alors, quand Ezra Hadad lui a signalé la présence d'un juvénile le 5 juin 2015, il est tout de suite parti à sa recherche. Il nous a transmis ci-dessous le récit de sa quête puis enfin de sa rencontre tant espérée :
"en ce début du mois de juin 2015, les champs de céréales de la plaine de Judée sont déjà moissonnés et ils servent de zone de chasse aux Circaètes Jean-le-Blanc (plus de 40 couples ont été recensés dans les collines environnantes), aux Buses féroces (Buteo rufinus) et aux Faucons crécerelles (Falco tinnunculus) et crécerellettes (Falco naumanni), tous des nicheurs locaux.
Du fait probablement d'une densité élevée de campagnols cette année, des migrateurs tardifs étaient encore présents : quatre à cinq Aigles pomarins (Aquila pomarina), plusieurs Aigles bottés (Aquila pennata) et des dizaines de Buses des steppes (Buteo buteo vulpinus) et de Cigognes blanches (Ciconia ciconia).
Mais l'objectif était le Bateleur des savanes. Avec sa silhouette et son vol typiques, on aurait pu penser qu'il aurait été facile à repérer, même de loin, mais cela n’a pas été le cas. Le 5 juin, quand Ezra m’a informé de la présence du Bateleur, je me suis rendu sur place et j’ai passé de longues heures à sa recherche, en vain.
Le lendemain, un couple d’observateurs a repéré l'oiseau et j’ai à nouveau parcouru les champs pendant trois heures, toujours sans résultat. Le surlendemain, alors que je participais à une réunion, Oz Horine m’a signalé sa présence, j’y suis retourné mais il avait disparu depuis longtemps…
Le jeune Bateleur des savanes était à chaque fois signalé entre midi et 14 heures, et il était toujours en mouvement, ne s’arrêtant brièvement que pour manger.
J’étais vraiment frustré, et ce d’autant plus qu’Oz, avec qui je suis en compétition amicale pour le nombre d’oiseaux cochés en Israël, avait réussi à le voir ! Le 8 juin, j’ai reporté une réunion et je me suis dirigé vers la plaine de Judée.
C’était devenu une sorte de mission, je devais trouver ce maudit oiseau ! Mais il fallait que je sois de retour à Tel Aviv à 14 heures, et j’avais donc un temps limité pour réussir à l’observer, en espérant qu’il ne soit pas déjà parti...
J’ai parcouru le secteur durant trois heures, mais pas de trace de l’objet de ma quête.
La température a brusquement augmenté, dépassant les 30 degrés, créant des turbulences et perturbant la vision. Il ne me restait plus qu’une heure avant mon départ et j’ai décidé de me diriger vers le site d’observation initiale de l'oiseau situé sur la route du retour. Alors que je conduisais, mon téléphone a sonné, je me suis précipité pour l’attraper et me suis arrêté net. Je suis sorti rapidement de ma voiture et je l'ai enfin vu !
Il n’y avait aucun doute à avoir, même sans jumelles, c’était bien lui, enfin ! J’ai appelé les autres observateurs du coin et je leur ai montré l’oiseau tant attendu. Je l’ai admiré encore quelques minutes, le suivant avec ma longue-vue. Une heure plus tard, Gilad Friedman l’a revu au-dessus des collines de Lachish, environ 16 km plus loin.
Le Bateleur des savanes étant une rareté dans le Paléarctique occidental, plusieurs observateurs étrangers (dont de France) sont venus lors des jours suivants pour le cocher. Je l’ai moi-même revu et photographié plus tard au cours du mois de juin".
Si vous voulez découvrir les oiseaux d’Israël (réserve naturelle de Hula, parc d’Agamon, vallée de Bet Shean…) grâce à des visites guidées et assister chaque soir à des exposés passionnants sur l’ornithologie, vous pouvez participer au cinquième Hula Bird Festival qui se tiendra du 15 au 22 novembre 2015.
Source Ornitho Media
