vendredi 4 juillet 2014

Le fond de commerce de Dieudonne : la haine des Juifs


Les fans de Dieudonné se pressent en nombre au théâtre de la Main d’or, le fief parisien du comédien. La Bête immonde, son nouveau spectacle, affiche complet. Les vigiles peinent à refouler les malheureux venus sans réservation. Assis sur une même rangée, un petit groupe s’amuse à débusquer les « Juifs venus en espions ». Les journalistes sont eux aussi au centre de toutes les attentions. « Une table de massage » leur a été spécialement réservée par les cerbères du comédien. « Pour leur casser la gueule », renchérissent les plus excités...




Dieudonné a un talent. Celui de réunir toutes les couches de la population. Des jeunes de banlieue se mêlent à des jeunes des beaux quartiers. Des femmes voilées se mélangent à des femmes plus légèrement vêtues. Tous sont venus pour la même chose : rire de tout, mais surtout des Juifs.
Sous un tonnerre d’applaudissements, Dieudonné apparaît sur scène. Il n’a pas encore ouvert la bouche que des rires gras résonnent déjà dans la salle. Des fers aux pieds, il est vêtu de la tenue des prisonniers de Guantánamo. Sauf que sur la sienne le mot « quenelle » remplace le matricule. La bête immonde, c’est lui. Et il ne s’en cache pas. Le comédien renoue immédiatement avec son fonds de commerce : la haine des Juifs. Dès les premières secondes, Dieudonné évoque Hitler et les chambres à gaz. De quoi régaler ses fans qui se gondolent avant même qu’il ne finisse ses phrases.
Le défilé de propos haineux ne fait que commencer. Saisissant la réplique d’un fusil d’assaut, « le parfait instrument de la haine », il fait mine de tirer dans le public. Et de se prendre à imaginer : « Si par malheur, je dégomme un journaliste, de surcroît juif, ça serait grave. Là, on ré-ouvre le procès de Nuremberg. On va même déterrer Ilan Halimi. Et ils vont retrouver mon ADN dans son trou du cul. » Les quelques cris de dégoût ne parviennent pas à masquer l’hilarité générale. S’ensuivent des piques adressées à François Hollande et à sa politique progressiste… Porté par son public, Dieudonné ne peut pas s’empêcher d’en revenir aux Juifs. Patrick Cohen, le journaliste de France Inter, est une nouvelle fois la cible de ses railleries. Mais Dieudonné ne regrette plus la disparition des chambres à gaz. Le Conseil d’État étant passé par là.
Dieudonné s’attaque dans la foulée au commerce triangulaire. « Une spécialité juive » comme peut l’être le « dressage des otaries chez les Inuits ». Se glissant dans la peau d’un esclave, un ancêtre de Nicolas Anelka, il ne cesse de souligner « le rôle des Juifs dans la traite négrière ». L’agitateur n’a plus peur d’être accusé d’antisémitisme. Il confesse même « y prendre du plaisir ». Les spectateurs approuvent bruyamment. « Contrairement à son homologue nazi, l’esclavagiste juif a très bien géré l’après-génocide. Il s’en est très bien sorti. Pas de procès. Même pas une amende à 35 euros. La Légion d’honneur ! C’est le concept du génocide sans conséquence », affirme-t-il. Ses fans se marrent. L’un d’eux manquerait presque de s’étouffer. Dieudonné exulte. Consternant.
En avocat du devoir de mémoire, Dieudonné déplore que les livres d’histoire ne consacrent pas une ligne au génocide indien. « Le mémorial de la Shoah chez les Indiens, c’est Disney Village », avance-t-il. Sûr de son effet de style, il compare le chapeau de cow-boy au brassard nazi. « Au niveau mise en scène, les Américains, c’est autre chose que le tas de godasses à Birkenau », argue-t-il. Et toujours avec ce même sourire aux lèvres, il place Auschwitz et le parc Astérix dans le même panier. Pour le plus grand plaisir de son public.

Source Tribune Juive