Olga, 33 ans, est arrivée en Israël en provenance d'Ukraine il y a 15 ans, alors jeune étudiante. Ses rencontres avec l'Agence juive dans sa ville natale avaient été plutôt agréables. On lui parlait de la Loi du retour, la loi qui permet aux Juifs de faire leur Aliyah (immigration juive en Israël, ndlr). On la préparait au sentiment d'appartenance qu’elle était sur le point d’éprouver dans son pays natal naturel, Israël étant le meilleur endroit où vivre pour les Juifs. Ils oublièrent seulement de préciser pour quels Juifs, exactement...
Et oui, ils ont également omis un élément d’information crucial, quelque chose comme: "Mais oups... une fois que vous atterrissez en Israël, Olga, vous n'êtes pas considérée comme Juive. Nous en sommes vraiment désolés. C’est la loi. La loi rabbinique halachique"
Olga est donc arrivée en Israël avec d'autres étudiants russophones, certains d'entre eux dans la même situation qu’elle. La plupart d'entre eux se sont vus offrir une conversion orthodoxe, la seule à être reconnue en Israël, accompagné de promesses et de menaces.
On leur faisait principalement remarquer les avantages d'être juif et d'élever un enfant juif dans un Etat juif.
"Voulez-vous vraiment exposer votre enfant à une vie remplie de difficultés et de conflits?" était le message habituel. Par miracle, un groupe de jeunes olim (nom donné aux immigrants juifs en Israël, ndlr) originaire d'ex-Union soviétique a publié en 2008 une déclaration disant que "la volonté d'imposer la conversion de masse aux immigrants est une forme de viol collectif". Si ce n’est pas un viol, c’est en out cas un processus qui s'accompagne souvent d’humiliation et de harcèlement.
Peu choisissent d'emprunter cette voie et beaucoup de ceux qui tentent le coup abandonnent en chemin.
Le problème de l’immigration de masse, et pas seulement en provenance de l'ancienne URSS, arrivée en Israël légalement pour finalement découvrir qu'ils ne sont pas vraiment Juifs et donc citoyens de second rang, refait surface de temps à autre dans le pays.
Cela fait aujourd'hui les gros titres: un groupe de rabbins orthodoxes nationalistes, défiant le Grand Rabbinat, a mis en place une institution offrant une alternative plus conviviale à la conversion offerte par le Grand Rabinat d'Israël.
"Le rassemblement des exilés et la forte immigration de l'ex-Union soviétique (...) exigent une attention responsable et courageuse de la part des dirigeants nationaux”, ont déclaré ces éminents rabbins dans un communiqué.
"Notre responsabilité morale est de contribuer à leur pleine intégration pour leur bien et pour le bien de la pérennité du peuple juif", poursuivent-ils. L’enfer s’est alors déchaîné.
En réponse, un autre courant orthodoxe a mis en garde contre le danger d'un début de séparation entre l'Eglise et l’État. Si pour une grande majorité, cela ne ressemblerait pas à une menace, cela l'est sans aucun doute pour l'establishment religieux tout-puissant.
Ainsi, 25 ans après le début de cette énorme vague d'immigration, le principal problème de fond de l'Aliyah n'a toujours pas été résolu.
En fait, il dérive d'une idée sous-jacente: les olim viennent en Israël sur la base de la loi du retour, une loi sioniste laïque qui a élargi la définition de "qui est Juif" pour qu’elle soit la plus inclusive possible.
Une fois arrivés en Israël, le processus d'intégration est basé sur la loi rabbinique, qui restreint la définition de l’identité juive. Un enfant né d'un père juif et d'une mère non juive, par exemple, peut immigrer et est bienvenu en Israël en vertu de la loi.
Une fois qu’il -ou elle- arrive, il perd tout à coup son statut privilégié et n’est pas considéré juif (même s’il a été éduqué comme tel) et sera considéré pour toujours non-juif par l’Etat juif.
Sauf, bien sûr, s’il succombe à contrecœur à la pression et se soumet à une conversion supervisée par le Rabbinat. Les exigences qui sont imposées sont tellement ridicules que la plupart des gens sont obligés de mentir. Ou ils laissent tout simplement tomber. Ou encore n’essaient jamais.
Les chiffres sont frappants: 350.000 personnes sur plus d’un million d'immigrants de l'ancienne Union soviétique ne sont pas Juifs selon la loi rabbinique.
La plupart d'entre eux sont les conjoints et les enfants issus de mariages mixtes, une réalité commune dans leur pays.
La plupart d'entre eux se considéraient juifs en Russie ou dans les anciennes républiques soviétiques et en ont souvent souffert. Ici, ils ne le sont pas. Et malgré tout, seulement 2000 d’entre eux choisissent chaque année de se convertir selon la seule façon reconnue par l'Etat.
Par ailleurs, environ 4000 bébés considérés comme non juifs par le droit rabbiniques naissent chaque année de parents en colère et amers. L'ancien chef du Mossad, Ephraïm Halevy, a défini cette situation comme une "menace intérieure stratégique" et a cherché à agir. Il y a quatre ans, il a rejoint une nouvelle organisation appelée "Roots", la version juive d'Indiana Jones.
Les émissaires de Roots se rendent dans des villages perdus au fin fond des républiques post-soviétiques afin de fouiller dans les anciennes archives altérées par le temps, les guerres et les régimes effondrés.
Ils interrogent d’anciens voisins et cherchent des indices qui pourraient révéler que le candidat auquel on a refusé le droit de se marier en Israël, car il n’a pas pu prouver sa judéité, est en réalité Juif.
Peut-être le vieux voisin chrétien se souvient que la grand-mère morte faisait cuire du pain azyme. Peut-être que la petite communauté se rappelle que la famille chuchotait en yiddish. N’importe quoi pour épargner au jeune couple la douleur et les dépenses liées au fait de devoir aller se marier dans un autre pays, comme Chypre par exemple.
Et ils se sont toujours sentis juifs de toute façon, ils ont servi dans l'armée, fait d’Israël leur maison. Ils ont tout fait pour que leur "conversion sociologique" soit réussie, comme l’ont suggéré certains dirigeants ouverts d'esprit mais peu écoutés.
Et puis est arrivée l'alternative controversée pour les sceptiques. Avant la mise en œuvre de cette nouvelle approche, certains des rabbins rebelles et inquiets ont rencontré un groupe de jeunes adultes russophones.
Ces derniers sont arrivés ici lorsqu’ils étaient enfants et remettent aujourd’hui en question le système israélien à bien des égards, dont la conversion.
"Je m’oppose à toutes les conversions et je n’ai pas besoin d’invitation pour rejoindre le peuple d'Israël", dit Katya Kupchik, membre du groupe.
"Je l'ai rejoint il y a des années et cela ne nécessite aucune approbation. D'autre part, je suis prête à soutenir passivement toute initiative qui sape le monopole du Rabbinat. Nous devons garder le débat ouvert afin de prouver que les frontières du judaïsme sont beaucoup plus larges que celles de la loi rabbinique".
D'autres prétendent que l'Etat doit donner les mêmes droits à tous ses citoyens et arrêter la discrimination contre les 350.000 Israéliens définis comme étant "sans religion".
Source I24News
