lundi 19 avril 2021

Le racisme dicte sa loi au cinéma


À l’initiative de l’actrice Aïssa Maïga, l’ouvrage « Noire n’est pas mon métier » donne la parole à 16 actrices françaises noires évoquant les discriminations qu’elles subissent encore en France. L’actrice Rachel Khan, signataire, s’est confiée à Jeune Afrique........Détails........

C’est un sujet qui a longtemps été passé sous silence. Aujourd’hui, grâce à un très court recueil de témoignages, tous les médias français en parlent, de Libération à Elle en passant par Télérama, Grazzia ou le Parisien… 
À l’initiative de la star de cinéma d’origine sénégalaise Aïssa Maïga, 16 actrices noires ont pris la plume pour parler des discriminations dont elles sont encore victimes dans leur profession, en France, en particulier.
Parmi elle, Rachel Khan, 40 ans, née d’une mère juive polonaise et d’un père sénégalo-gambien. Athlète de haut niveau – elle est championne de France du 4×100 m -, puis juriste, journaliste et écrivaine, cette battante au CV bien chargé raconte dans Noire n’est pas mon métier ses premiers pas compliqués dans le monde du cinéma. 
Et comment elle s’est vite rendue compte que quelque chose « clochait » dans les rôles qu’on lui proposait.

Jeune Afrique : Pourquoi avoir participé à ce projet, qu’est-ce qui vous a motivé ?
Rachel Khan : Cela fait maintenant plus de 20 ans que je travaille sur ces enjeux-là, notamment en étudiant les questions d’égalité et de discrimination. Je connais Aïssa depuis 20 ans. Dès que je l’ai rencontrée on a décidé de militer contre les discriminations dont sont victimes les Noirs notamment dans les arts, de briser l’imaginaire colonial.
J’ai également travaillé pour des associations de femmes et pour le magazine féminin Causette. Et justement, il y a deux ans, j’ai participé pour ce mensuel à la réalisation de tout un dossier sur les actrices noires.

Le buzz du livre vous surprend ?
Oui beaucoup. Je n’imaginais pas que ça allait prendre cette ampleur. Et surtout, je pensais que les gens n’allaient pas comprendre, qu’ils nous reprocheraient d’être trop communautaristes. 
Ils ont bien vu que nous étions différentes les unes des autres, qu’il y a une vraie diversité dans notre collectif, en terme de religions, d’ethnies… C’est ce qui fait notre force.

Dans votre témoignage, vous évoquez vos modèles d’actrices : Romy Schneider, Ingrid Bergman, Marilyn Monroe… Avez-vous souffert de ne pas pouvoir vous projeter dans des actrices noires ?
Oui bien entendu. En réalité, nous n’avons pas eu de modèles aussi forts que les actrices blanches. Je suis passionnée par Romy Scheider et je suis obligée de me caler sur un profil qui ne me ressemble pas physiquement. Peut-être intellectuellement, mais pas physiquement.

À quel moment est-ce que vous avez compris que vous étiez discriminée ?
Lors des castings. Quand on vous demande certaines choses que l’on ne demande pas aux comédiennes blanches. Par exemple, on n’attend pas d’elle qu’elle fasse un accent de « blanc », belge par exemple ; on ne leur demande pas d’être coiffées de telle ou telle manière. En fait, nous avons plus d’efforts à faire, nous devons travailler dix fois plus que les autres.

Qu’est-ce que l’on attend aujourd’hui d’un acteur noir en France ? 
Faire « l’accent noir » c’est l’une des requêtes principales. Et nous sommes cantonnées à certains rôles : la prostituée, la femme de ménage, la « nana » qui n’a que des galères, une sans-papiers… Moi qui suis juriste dans la vie, j’ai été amenée à faire des rôles de composition qui sont très loin de moi.

Est-ce qu’il existe des différences de traitement salariales entre acteurs noirs et blancs ?
Oui, d’un point de vue salarial, il y a de grosses différences. Je sais que Firmine Richard, l’un des actrices qui a participé à ce livre, a été moins bien payée que ses consœurs blanches [l’une des actrices avec qui Firmin Richard jouait récemment sur une comédie populaire était payée cinq fois mieux qu’elle pour un rôle équivalent, ndlr]. 
Nous parlons de notre problème en tant qu’actrice, mais je pense que ces inégalités touchent tous les corps de métier.  Notre savoir-faire, notre professionnalisme, est dévalorisé.

Finalement, est ce que ce combat peut ouvrir la voie aux futures générations ?
C’était vraiment notre objectif : ouvrir la voie à d’autres femmes et quel que soit leur profession. Que nos filles profitent de nos combats. Je ne sais pas si les choses vont changer mais nous faisons notre maximum.

N’avez-vous pas le sentiment que l’on a déjà vécu un basculement dans les mentalités ? Des films récents comme Ouvrir la voix (Amandine Gay), des blogs « afroféministes », des activistes comme Rokhaya Diallo, n’ont-ils pas déjà fait bouger les choses ?
Justement, j’ai participé à Ouvrir la voix et effectivement j’attendais quelque chose comme ça. Quand Amandine Gay, la réalisatrice, m’a demandé de participer, j’ai bien évidemment dit oui. Et le livre Les grandes et petites choses que j’ai écrit s’inscrit dans cette continuité. Il y a une prise de conscience qui est en train de se faire.

À la fin de votre témoignage, vous parlez de votre fille. Est-ce que vous avez déjà évoqué avec elle les discriminations que vous avez subies dans votre carrière ?
C’est elle-même qui m’a posé la question, et pourtant elle a la peau claire. Elle m’a demandé si tout ce qui m’était arrivé était vrai. Souvent quand elle voit des films, elle me demande pourquoi il n’y a pas de Noirs. 
Je suis heureuse que l’on ait pu en parler. Parce que finalement, nous avons toutes cette pudeur africaine… Mon père, par exemple, m’a toujours dit : « Le racisme n’existait pas. »

Source Télé Relay
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