Si un immense miroir était suspendu au-dessus d'Israël ces dernières semaines, les Israéliens auraient du mal à comprendre le sens de leur propre réflexion. Le fond de cette image est quant à lui évident: du sang, partout. Du sang juif, du sang arabe...
Mais sinon, qui sont-ils ? Qui sont les individus que l’on voit dans ce miroir déformant jouant avec l'image et la perception de millions de personnes prises au piège dans une situation tragique? Sont-ils mauvais, racistes, cruels, rancuniers, violents? Ou sont-ils courageux, brillants, débrouillards, prêts à agir et à porter secours? Sont-ils seulement victimes ou aussi agresseurs? La réponse est bien sûr: tout cela en même temps.
Il n'y a pas de "cas typique" ni de comportement unique, seulement un groupe hétérogène, dans lequel chacun prend en charge sa propre existence dans une douloureuse absence de véritables dirigeants.
Quelle route sont-ils censés suivre alors que curieusement des ministres manifestent contre le gouvernement qu'ils servent et que l'opposition apporte à Netanyahou le plus grand soutien? Tout cela est déroutant à un moment où la nation a vraiment besoin de dirigeants pour y trouver des repères. Ce n’est donc pas étonnant que les politiciens embarrassés complimentent tant les citoyens pour leurs qualités, alors que 70% de ces mêmes citoyens déclaraient récemment dans une enquête être mécontents de la façon dont le gouvernement, et plus particulièrement le Premier ministre Netanyahou, gère la situation.
Donc, entre la peur, l'anxiété, la frustration et la colère, les Israéliens doivent décider seuls. Tout comme la soldate de 19 ans sans formation au combat qui, lors d'une attaque perpétrée par un Palestinien armé d’un couteau au cœur de Tel-Aviv, s’est tout simplement jetée à plat ventre sur son fusil comme pour dire: "voyons si tu es capable de me le prendre". Le terroriste s’est enfui et a ensuite été tué par balle par un autre soldat.
Deux jours plus tard, il était impossible de trouver une table de libre dans un des restaurants les plus branchés de Tel-Aviv situé près du lieu de l'attaque. Non loi de là, à Jaffa, où se trouvent de nombreux restaurants arabes et magasins populaires, tout était vide. Non pas par peur, plutôt par punition. C’est aussi ça, Israël.
Il y a aussi l’histoire des deux femmes de Kyriat Arba. Une mère et sa fille revenaient de leurs courses lorsqu’elles se sont trouvées en face d’un terroriste dans leur propre maison, cherchant un couteau dans la cuisine. La jeune femme s’est battu avec lui puis avec sa mère, elle ont non seulement réussi à s’enfuir, mais ont aussi évité le pire.
C’est très courageux. Admirable. Tellement plus que l'appel irresponsable du maire de Jérusalem encourageant les Israéliens à porter des armes! Israël possède de toute manière beaucoup trop d’armes; non seulement les soldats et les forces de sécurité en possèdent, mais les colons ont aussi le droit de porter des armes. Pire, c’est une méthode irresponsable qui ne peut mener qu’au désastre. La National Rifle Association serait fière de ces recommandations, mais est-ce vraiment ce dont Israël a besoin? La situation ressemble déjà suffisamment au Far West sans que les civils se tirent les uns sur les autres par méfiance et par peur.
Mais c’est déjà en train d’arriver. Un adolescent de 17 ans voulant se venger à Dimona a poignardé quatre personnes: trois Palestiniens et un bédouin israélien qui n'avaient rien à voir avec le conflit. Ils avaient juste l’air arabe, ce qui est maintenant devenu pour un trop grand nombre de personnes une raison suffisante pour frapper, effrayer et attaquer. C’est ce qui est arrivé à un célèbre journaliste d’une télévision israélienne: un Arabe israélien rapportait la violente attaque au couteau contre un soldat à Afula lorsqu’il a été confronté à une foule en colère. Il était Arabe, après tout.
Sur la scène de l’incident, un groupe de résidents d'Afula, une petite ville du nord, a protégé une assaillante palestinienne d’une foule en colère prête à la lyncher. "Elle doit être remise entre les mains de la police", ont-ils insisté. La terroriste a été emmenée en voiture à un poste de police par le civil qu’elle avait manqué de poignarder quelques minutes plus tôt. C’est le reflet de tous ces Israéliens que l’on voit aujourd’hui dans le miroir.
Ce sont ces Israéliens qui collectent encore aujourd’hui de l'argent pour le petit Ahmad Dawabsheh, orphelin et seul survivant d’un incendie criminel au mois d’août.
Des individus avaient mis le feu à sa maison pendant que sa famille et lui dormaient dans le village palestinien de Duma. Les auteurs, présumés juifs, n'ont pas encore été arrêtés. L’auteur du meurtre du couple juif Henkin tué en Judée-Samarie a été retrouvé deux jours après l’incident. Cette différence ne fait qu’envenimer les choses. On peut lire des commentaires sur le web au sujet de la collecte de fonds pour le petit Ahmad dans lesquels les internautes souhaitent que le petit de quatre ans soit mort.
D’un autre côté, la somme recueillie dépasse toutes les attentes. Les victimes du terrorisme juif reçoivent évidemment aujourd'hui les meilleurs soins médicaux dans des hôpitaux israéliens. D’un autre côté, des policiers et des gardiens doivent se relayer aux portes de leurs chambres d'hôpital pour les protéger de la foule en colère, même à cet endroit pourtant neutre.Ces Arabes n'ont rien fait d’autre que d'être arabe au mauvais endroit au mauvais moment. Voilà donc les différents reflets que les Israéliens voient aujourd’hui dans le miroir.
Les circonstances extrêmes tendent à faire jaillir le meilleur et le pire chez les gens. C’est naturel. Le problème c’est lorsque les circonstances extrêmes deviennent la norme et engendrent une culture qui pourrait dénaturer Israël pour toujours.
Lily Galili
Source I24News
