mardi 13 octobre 2015

La venue attendue du président indien en Israël


M. Mukherjee Pranab, l'honorable président de l'Inde, arrive demain en Israël pour la première visite historique d’un chef d'Etat indien. S’il visitait Or Yehuda, une ville dans la banlieue de Tel Aviv, il y trouverait quelque chose de réconfortant. Au Musée du judaïsme babylonien situé dans la ville, on trouve entre autres des objets utilisés autrefois par la communauté juive Mukherjee, originaire de Bengale...


Cette communauté juive, nommée aussi "Juifs de Bagdad", est constituée de Juifs qui sont arrivés depuis l'Irak vers l'est de l'Inde au cours du 17 ème siècle. Cependant, comme c’est le cas pour presque tout en Inde, la communauté juive elle aussi est diversifiée. L’histoire des Juifs de Cochin, qui habitent la côte de Malabar dans le sud, remonte au début du dernier millénaire. Les Juifs Bene Israël sont pour leur part concentrés sur la côte ouest de l'Inde.
L’héritage le plus connu de la communauté indienne est le très répandu et délicieux samosa, l'avatar indien du samboosak moyen-oriental.
Beaucoup de Juifs d'Inde ont migré en Israël dans les années 1960 et 1970. Aujourd'hui, la communauté juive demeure modeste en Inde, or quelque 80.000 personnes de confession juive d'origine indienne vivent en Israël.
Beaucoup d'entre eux attendent la visite du président depuis longtemps. Il s’agit du point culminant d'une relation qui, au niveau individuel, remonte à plusieurs siècles, tandis qu'au niveau étatique, les deux pays sont des "alliés naturels". Les deux nations sont des démocraties parlementaires et ont établi des relations diplomatiques complètes en 1992. Elles sont toutes les deux des oasis de stabilité dans des régions turbulentes.
Lorsque le Premier ministre indien Narendra Modi a rencontré le Premier ministre israélien Netanyahou l'an dernier à New York, en marge de la 69ème Assemblée générale des Nations unies, ce dernier avait déclaré que les Indiens et les Israéliens étaient "deux peuples anciens, certains des plus anciens sur Terre".
Un porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères avait dit: "l'Inde et Israël ont laissé une marque indélébile sur la civilisation humaine au cours de l'histoire en tant que pays démocratiques depuis leur création".
Dans des articles antérieures, j’ai abordé les affinités du BJP (parti de la droite nationaliste hindoue, ndlr) avec Israël, ce dont le Premier ministre Modine ne se cache pas. En fait, il était prévu qu'il ferait un voyage en Israël au cours de l’année, devenant ainsi le premier Premier ministre indien de le faire. (Après tout, l’Inde était dirigée par un gouvernement du BJP lors de la première visite de haut niveau d’un Premier ministre israélien, Ariel Sharon en l'occurrence, en Inde en 2003).
Des troubles nationaux et géopolitiques ont tenu Modi occupé jusqu'à présent et sa visite en Israël n’aura pas lieu avant l'année prochaine.
Au lieu de cela, c’est le président, qui incarne l’État au delà de la partisanerie politique, qui se rendra en Israël pour une visite officielle.
Dr. Swaran Singh, qui enseigne les relations internationales à l'Université Jawaharlal Nehru de Delhi, considère que la visite du président est l'aboutissement d'un changement dans les priorités de l'Inde en matière de politique étrangère.
Les règles d'engagement ont beaucoup changé depuis le conflit de Kargil en 1999 entre l'Inde et le Pakistan. Israël avait alors, dans de brefs délais, fourni à l’Inde le matériel de défense nécessaire. Il est depuis ce jour un fournisseur militaire majeur pour l'Inde.
En moins d’un an, le gouvernement Modi a signé des accords de défense avec Israël d'une valeur de 580 millions d'euros. Plus récemment, le cabinet indien a approuvé une commande de drones israéliens Heron pour un total de 350 millions d'euros. Le ministre indien de l’Intérieur, M. Rajnath Singh, s’est rendu en Israël et le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon, a visité l'Inde plus tôt cette année. Des exercices conjoints de défense sont en cours de préparation.
Le général à la retraite Dipankar Banerjee de l'Institut sur la paix et les conflits, qui sera en visite en Israël plus tard ce mois-ci pour mener un dialogue stratégique avec un think-tank israélien, affirme que la relation stratégique entre les deux pays est d'une grande importance. Elle aide selon lui à maintenir l'équilibre du pouvoir en Asie du sud. La visite présidentielle ne pourra qu’aider les relations bilatérales.
La visite marque en effet une nouvelle ère dans les relations bilatérales, où l'Inde ne sent plus la nécessité de faire preuve de discrétion dans sa relation avec l’Etat hébreu. L'Inde et Israël coopèrent à presque tous les niveaux: politique, économie, défense, culture, science, technologie et bien sûr, dans le domaine du le contre-terrorisme.
Le commerce bilatéral s’élève à 5.2 milliards d'euros. Israël a répondu à la campagne "Made in India" ("Fabriqué en Inde") du gouvernement et les relations en matière de défense sont en train d’aboutir à un partenariat de production conjointe de 8 missiles Barak.
Pour certaines personnes pourtant, la visite du président indien symbolise un nouveau paradigme et quelques autres changements, notamment la diminution du soutien traditionnel de l'Inde aux Palestiniens. Pour la toute première fois cette année, l'Inde s’est abstenue de voter pour une résolution de l'ONU qui aurait référé Israël à la Cour pénale internationale pour son opération militaire dans la bande de Gaza l'an dernier.
L'Inde considère le Hamas comme une organisation terroriste et prend une position sévère sur les attaques terroristes transfrontalières, quelque chose dont le pays souffre également. Pour le reste, sa politique palestinienne est en continuité avec celle des gouvernements précédents.
Néanmoins, le gouvernement a nuancé sa position. La visite de Mukherjee ne se concentrera pas seulement sur Israël, mais sera rééquilibrée par des rencontres à Amman et à Ramallah.
Toutefois, comme le Prof. Sanjukta Bhattacharya du département des relations internationales de l'Université Jadavpur l’a indiqué, la visite n'avait que trop tardé.

Aditi Bhaduri
Source I24News