vendredi 16 octobre 2015

Haftara Noah : Ouverture à la contradiction


Voici le texte en Francais de la Haftara Noah suivi d'une analyse du Rav Kohn...
 



Texte de la Haftara

Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantes plus ! Fais éclater ton allégresse et ta joie, toi qui n’as plus de douleurs ! Car les fils de la délaissée seront plus nombreux Que les fils de celle qui est mariée, dit l’Éternel.
Élargis l’espace de ta tente ; Qu’on déploie les couvertures de ta demeure : Ne retiens pas ! Allonge tes cordages, Et affermis tes pieux !
Car tu te répandras à droite et à gauche ; Ta postérité envahira des nations, Et peuplera des villes désertes.
Ne crains pas, car tu ne seras point confondue ; Ne rougis pas, car tu ne seras pas déshonorée ; Mais tu oublieras la honte de ta jeunesse, Et tu ne te souviendras plus de l’opprobre de ton veuvage.
Car ton créateur est ton époux : L’Éternel des armées est son nom ; Et ton rédempteur est le Saint d’Israël : Il se nomme Dieu de toute la terre ;
Car l’Éternel te rappelle comme une femme délaissée et au coeur attristé, Comme une épouse de la jeunesse qui a été répudiée, dit ton Dieu.

Quelques instants je t’avais abandonnée, Mais avec une grande affection je t’accueillerai ;
Dans un instant de colère, je t’avais un moment dérobé ma face, Mais avec un amour éternel j’aurai compassion de toi, Dit ton rédempteur, l’Éternel.

Il en sera pour moi comme des eaux de Noé : J’avais juré que les eaux de Noé ne se répandraient plus sur la terre ; Je jure de même de ne plus m’irriter contre toi Et de ne plus te menacer.
Quand les montagnes s’éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, Mon amour ne s’éloignera point de toi, Et mon alliance de paix ne chancellera point, Dit l’Éternel, qui a compassion de toi.
(Ici terminent les séfaradim)
Malheureuse, battue de la tempête, et que nul ne console ! Voici, je garnirai tes pierres d’antimoine, Et je te donnerai des fondements de saphir ;
Je ferai tes créneaux de rubis, Tes portes d’escarboucles, Et toute ton enceinte de pierres précieuses.

Tous tes fils seront disciples de l’Éternel, Et grande sera la postérité de tes fils.
Tu seras affermie par la justice ; Bannis l’inquiétude, car tu n’as rien à craindre, Et la frayeur, car elle n’approchera pas de toi.
Si l’on forme des complots, cela ne viendra pas de moi ; Quiconque se liguera contre toi tombera sous ton pouvoir.
Voici, j’ai créé l’ouvrier qui souffle le charbon au feu, Et qui fabrique une arme par son travail ; Mais j’ai créé aussi le destructeur pour la briser.
Toute arme forgée contre toi sera sans effet ; Et toute langue qui s’élèvera en justice contre toi, Tu la condamneras. Tel est l’héritage des serviteurs de l’Éternel, Tel est le salut qui leur viendra de moi, Dit l’Éternel.
Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n’a pas d’argent ! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer !
Pourquoi pesez-vous de l’argent pour ce qui ne nourrit pas ? Pourquoi travaillez-vous pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi donc, et vous mangerez ce qui est bon, Et votre âme se délectera de mets succulents.
Prêtez l’oreille, et venez à moi, Écoutez, et votre âme vivra : Je traiterai avec vous une alliance éternelle, Pour rendre durables mes faveurs envers David.
Voici, je l’ai établi comme témoin auprès des peuples, Comme chef et dominateur des peuples.
Voici, tu appelleras des nations que tu ne connais pas, Et les nations qui ne te connaissent pas accourront vers toi, A cause de l’Éternel, ton Dieu, Du Saint d’Israël, qui te glorifie.
Analyse par le Rav Kohn
 
Si le lien entre la parachath Noah et la haftara qui lui est associée n'est constitué, en apparence, que par le verset : « Car ceci M'est comme les eaux de Noé, lorsque Je jurai que les eaux de Noé ne passeraient plus sur la terre : ainsi J'ai juré que Je ne serais plus courroucé contre toi, et que Je ne te tancerais plus » (Isaïe 54, 9), ce rapport est en réalité beaucoup plus profond.
La paracha nous apprend successivement la colère de Hachem contre le genre humain à la suite de ses perversions, la punition qu'Il lui a infligée en envoyant le déluge, et sa réconciliation symbolisée par l'alliance de l'arc-en-ciel ( Berèchith 9, 13 et suivants).
De la même façon, la haftara nous rappelle que « pendant un petit moment Hachem a abandonné Israël, mais qu'avec de grandes compassions Il le rassemblera » (54, 7). Le prophète nous fait ainsi passer de l'image de désolation et d'abandon que représente la « femme stérile qui n'as point enfanté » (54, 1), à celle de son acceptation à tout jamais : « Elargis l'emplacement de ta tente, qu'on déploie les tentures de ta demeure, n'y épargne rien? » (54, 2).
Peut-être existe-t-il un autre rapport entre la parachath Noah et la haftara : Le verset, dans l'adjonction propre au rite achkenaze, où le prophète promet à Israël qu'il sera établi « en justice » (« bitsdaqa » ; 54, 14) fait comme un écho à celui qui présente Noé comme un « homme juste » (« ich tsaddiq » ; Berèchith 6, 9).

Source Massorti et Chiourim