lundi 5 mai 2014

" Les attaques ' prix à payer ' non prioritaires "


La multiplication des attaques "prix à payer", notamment dans l'implantation de Yitzhar en Judée-Samarie, divise la communauté du renseignement en Israël, en particulier deux anciens directeurs du Shin Bet (services de sécurité intérieurs israéliens). En effet, selon Carmi Gillon, qui a dirigé l'institution entre 1994 et 1996, Israël ne parvient pas à arrêter les crimes nationalistes "prix à payer" contre les Arabes car il ne souhaite pas le faire. "Nous ne voyons pas de résultats parce que nous ne cherchons pas à en avoir", a ajouté Gillon samedi, lors d'une exposition à Beersheva...



L'ex-numéro 1 du Shin Bet a insisté sur le fait que ces attaques pourraient être stoppées rapidement mais "ils ne le souhaitent pas", a-t-il dit.
Il a ensuite établi un parallèle entre ces attaques et celles menées par la "résistance juive" entre 1994 et 1996, au moment de l'assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin.
Interrogé par i24news, l'ex-directeur du Shin Bet de 2000 à 2005, Avi Dichter, a exprimé son désaccord, et a qualifié d'"irresponsables" les propos de Gillon.
D'après Dichter, les services du Shin Bet ont besoin de temps pour trouver une réponse adéquate à ce phénomène finalement assez récent.
Il faut du temps pour "développer des outils nécessaires" afin de faire face à cette nouvelle forme d'"activité subversive de la part des extrémistes juifs, en particulier à l'intérieur d'Israël".
(Retrouvez l'intégralité de l'interview lundi 5 mai à 18h15GMT sur i24news)
"Dans le passé, la plupart de ces attaques ont été menées contre des cibles palestiniennes en Judée-Samarie", a expliqué Dichter.
Il a également ajouté qu'il s'agissait d'une question de priorités, et que la principale prérogative du Shin Bet est de prévenir des attaques terroristes mortelles.
"Une étoile de David tagguée à la peinture sur une voiture ou une mosquée est, bien sûr, un acte sérieux, mais aucune vie n'est mise en danger", a-t-il dit.
Les incidents se sont multipliés ces derniers mois et visent aussi bien les forces de sécurité israéliennes que les résidents arabes des implantations.
Samedi, les pneus de la voiture d'un résident arabe d'Acre ont été crevés et une étoile de David peinte à la bombe.

Actes de "terrorisme" ?

La ministre israélienne de la Justice a, par ailleurs, appelé dimanche à traiter les exactions des extrémistes juifs contre des Palestiniens ou arabes israéliens comme des actes terroristes.
"Je peux vous assurer qu'il n'y a aucune raison politique (à ces résultats limités des forces de sécurité, ndlr), il faut juste que nous acceptions qu'il s'agit de terroristes qui cherchent à transformer la société israélienne en société où règne la haine", a déclaré Tzipi Livni à la radio militaire israélienne.

Nouveaux affrontements

Des affrontements ont eu lieu dimanche matin entre la police et des résidents extrémistes juifs de l'implantation de Yitzhar en Judée-Samarie.
Les policiers, sur les lieux pour mener des recherches afin d'élucider les circonstances d'une attaque "prix à payer", ont été accueillis par des jets de pierres qui ont notamment endommagé un véhicule de la police des frontières, rapporte le Times of Israel.
Le mois dernier, un couple a été arrêté pour son implication présumée dans une attaque raciste survenue à Umm al-Fahm (nord). Au cours de cet incident, la porte d'une mosquée avait été vandalisée et des insultes racistes peintes sur les murs.
L'expression "prix à payer" a fait son apparition en 2008. Le principe : répondre oeil pour oeil à toute action jugée hostile aux implantations. A l'origine, les attaques répondaient à celles commises par des Palestiniens, et aussi au démantèlement par l'armée israélienne d'avant-postes illégaux en Judée-Samarie. Aujourd'hui, ces agressions et ces actes de vandalisme ne recherchent même plus le prétexte d'actions commises par des Palestiniens.
Yitzhar fait partie des fiefs les plus actifs de cette mouvance "prix à payer" et a été le théâtre de nombreux affrontements entre les extrémistes juifs et les forces de l'ordre israélienne.

Un gouvernement "immoral"

Les politiques immorales du gouvernement et de l'armée sont principalement responsables des attaques "prix à payer" contre les militaires, a expliqué le doyen et fondateur de la Yeshiva (école religieuse) "Od Yosef Chai" de Yitzhar, le rabbin Yitzhak Ginsburgh, dans un article publié vendredi sur internet, indique le Jerusalem Post.
Le rabbin Ginsburgh s'est dit profondément attéré des affrontements "entre Juifs" car "nous somme tous les fils d'un même homme". Il a ajouté que les actions du gouvernement devraient être mises en lumières, au lieu des violences qu'elles engendrent.
Selon lui, la décision prise par Israël de libérer des terroristes palestiniens afin d'obtenir que l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) revienne à la table des négociations en juillet dernier, a joué un rôle important dans la rebellion des résidents des implantations.
Par ailleurs, il a reproché aux forces de l'ordre de prêter "trop d'attention à ces crimes" plutôt qu'aux attaques menées par des Palestiniens contre des Juifs.
"En outre, le gouvernement empêche la construction juive en Judée et Samarie et démolit les maisons, tout en fermant les yeux sur la construction palestinienne illégale", a déclaré Ginsburgh.
Source I24News