dimanche 11 mai 2014

Le shekel est au plus haut, la situation alarme les milieux d’affaires israéliens


Avec 10 dollars en poche, ces jours-ci, on peut s'acheter quatre sandwichs falafels à Beyrouth, trois à Dubaï, mais seulement deux à Tel-Aviv. Autrement dit, le shekel israélien serait nettement surévalué par rapport à la livre libanaise et au dirham des Emirats arabes unis. C'est ce qui ressort du « falafel index » publié par Forbes fin avril...



Le magazine américain a détourné le célèbre « Big Mac index » de l'hebdomadaire britannique The Economist. Au lieu du sandwich de McDonald's, Forbes a choisi cette spécialité à base de pois chiche dont il donne le prix converti en dollars dans les pays du Proche-Orient où l'on en raffole. L'indice s'appuie sur le principe de la « parité des pouvoirs d'achat » selon lequel le bon taux de change entre les monnaies est celui qui garantit une égalité de prix pour un même bien dans tous les pays.
L'astuce prête à sourire. Mais elle traduit aussi une situation bien réelle en Israël, où le niveau du shekel alarme les milieux d'affaires.

« INTENABLE »

La devise de l'Etat hébreu n'est pas seulement surévaluée par rapport à ses voisines régionales. Son taux de change effectif (face à un panier regroupant les grandes devises) s'est apprécié de près de 8 % depuis début 2013, la propulsant parmi les monnaies les plus fortes du monde développé. Jeudi 8 mai, elle est grimpée à 3,44 shekels pour un dollar, du jamais-vu depuis août 2011.
A en croire les industriels, le seuil de douleur est largement dépassé. Dans un pays où les exportations représentent 40 % du produit intérieur brut (PIB), ceux-ci s'inquiètent pour la compétitivité de leurs produits vendus à l'étranger. D'autant qu'au même moment la demande reste molle en Europe et aux Etats-Unis, principaux partenaires commerciaux d'Israël.
La haute technologie, vitrine de l'Etat hébreu, tire pour l'heure son épingle du jeu. Mais ce secteur est peu créateur d'emplois comparé aux industries plus traditionnelles qui brandissent une menace, si la facture devait trop s'alourdir : la délocalisation d'une partie de la production et de la main-d'oeuvre. Selon l'Association des industriels israéliens, 27 % des moyennes et grandes entreprises ont désormais des sites de production à l'étranger, contre 16 % il y a une décennie.
« Pour les entreprises, la situation n'est plus tenable, s'alarme Zvika Oren, président de cette fédération patronale. A ce rythme-là, on ne pourra bientôt plus se permettre d'ouvrir des usines sur le sol israélien. » D'après ses estimations, en 2014, les difficultés générées par le taux de change empêcheront la création de quelque 8000 emplois.

LA CROISSANCE TIENT BON

« Cette appréciation met effectivement la pression sur les entreprises, mais le niveau du shekel n'est pas anormal compte tenu des fondamentaux économiques », nuance Ori Greenfeld, chef économiste de la société d'investissement Psagot. On ne peut pas bénéficier à la fois d'une économie forte et d'une monnaie faible. Les exportateurs vont devoir apprendre à vivre avec cela. »
De fait, si les exportations ralentissent – elles ont stagné en 2013 –, la croissance tient bon. Le PIB a progressé de 3,3 % en 2013, contre 1,2 % en moyenne dans les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques.
Le taux de change du shekel est aussi influencé par la découverte récente de deux immenses gisements de gaz, Tamar et Léviathan, au large des côtes israéliennes, dans le nord du pays, près d'Aifa. Ce pactole énergétique soutient l'économie et pousse la monnaie à la hausse en gonflant l'excédent commercial.

« LA BANQUE CENTRALE EST EN TRAIN DE S'ENDORMIR »

La Banque d'Israël n'est pas insensible à l'envolée du shekel. Pour contrecarrer l'effet gaz, elle a lancé un programme de rachat massif de devises. L'enveloppe devrait atteindre 3,5 milliards de dollars (2,5 milliards d'euros) en 2014.
L'institution monétaire a aussi abaissé son taux directeur d'un quart de point à 0,75 % en février, lâchant du lest pour la quatrième fois en un an.
Certains espèrent des mesures plus ambitieuses. « La banque centrale est en train de s'endormir, il faut faire plus », exhorte M. Oren, qui réclame l'instauration d'un cours plancher autour de 3,80 shekels pour un dollar.
Mais l'institut d'émission ne semble guère vouloir s'orienter vers cette option, coûteuse et susceptible d'attiser la spéculation.
Source Le Monde