La décision d’autoriser le bouclage des quartiers arabes de Jérusalem va renforcer la séparation de facto entre l’Est et l’Ouest de la ville. Depuis mardi soir, la police israélienne est autorisée à boucler des quartiers arabes de Jérusalem : « Le cabinet de sécurité a décidé de plusieurs mesures pour lutter contre le terrorisme, notamment d’autoriser la police à boucler ou imposer un couvre-feu sur les quartiers de Jérusalem en cas de frictions ou d’incitations à la violence » a indiqué un communiqué du bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahou...
Dès mercredi matin, les premiers barrages et checkpoints ont été dressés autour des principaux quartiers arabes de la ville ; ce fut la réaction immédiate des autorités israéliennes au fait que les trois terroristes de la journée sanglante de mardi, comme la plupart des auteurs des attaques récentes, venaient de Jérusalem-Est.
LA VILLE UNIFIÉE PLUS ÉTENDUE QUE PARIS
C’est la première fois, en près de cinquante ans, qu’une séparation physique est instituée entre les quartiers-Est (à majorité arabe) et les quartiers-Ouest (à majorité juive) de la ville. Concrètement, cela signifie que les 306.000 arabes, qui vivent à l’Est de la ville (soit près de 37% de la population totale de Jérusalem), pourraient se voir imposer un couvre-feu en cas de poursuite des violences.
En fait, Jérusalem a été divisé en deux pendant dix-huit ans: depuis les accords d’armistice de 1949 et jusqu’à la guerre des Six-Jours de 1967, l’Est de la ville fut placé sous souverainement jordanienne, et l’Ouest sous souveraineté israélienne. La fin de la guerre des Six jours s’est traduite par l’unification de Jérusalem sous l’administration israélienne.
Au cours des cinq dernières décennies, la physionomie démographique et géographique de la ville a totalement changé. La superficie de la ville s’est agrandie : en mai 1993, elle a été portée à 126 km², soit davantage que la superficie de la ville de Paris (105 km²).
JÉRUSALEM-OUEST : 99% DE JUIFS ET 1% D’ARABES
Aujourd’hui, Jérusalem est la plus grande métropole du pays: la ville unifiée compte 830.000 habitants dont 522.000 Juifs (63%) et 308.000 Arabes (37%). En revanche, la répartition de la population entre l’Est et l’Ouest est largement déséquilibrée, notamment parce que l’Est est plus peuplé que l’Ouest (respectivement 510.000 et 320.000 habitants).
Les quartiers situés à l’Ouest de la ville, c’est-à-dire dans la zone qui fut israélienne jusqu’en 1967, compte aujourd’hui 320.000 habitants; 318.000 sont juifs (99%) et 2.000 Arabes (1%). Autrement dit, une infime minorité d’Arabes se mélange à la population juive : l’Ouest reste majoritairement une ville juive.
JÉRUSALEM-EST : 60% D’ARABES ET 40% DE JUIFS
Dans les quartiers situés à l’Est de la ville, c’est-à-dire dans la zone qui fut jordanienne jusqu’en 1967, la situation démographique est radicalement opposée : depuis 1967, le peuplement des Juifs va en se développant. Aujourd’hui, la population de la partie Est se compose de 510.000 personnes : 40% de Juifs (204.000) et de 60% d’Arabes (306.000). De nombreux quartiers juifs ont été créés du côté Est, dont les plus peuplés sont Pisgat-Zeev, Ramot et Guilo. L’extension se poursuit avec des quartiers plus récents comme Ramat Shlomo et Har Homa.
Quant aux quartiers arabes ou villages qui font partie du territoire municipal de Jérusalem, on trouve Beit-Hanina, Shaouafat, Tsour-Baher, Issafieh, Abou-Tor, Silwan, Sheikh Jarrah, Jabel Moukaber, etc.
En fait, la ville « unifiée » n’a jamais été aussi divisée : le mélange démographique n’existe pas, l’Ouest bénéficie d’une économie moderne alors que les quartiers Est souffrent d’un retard considérable dans leur développement.
Jacques Bendelac (Jérusalem)
Source Israel Valley