Paris est en crue en 1910. «Vous êtes en moi comme une hantise. » Amedeo Modigliani écrit à Anna Akhmatova. L’artiste juif-italien vient de rencontrer la poétesse russe. Elle écrit ses premiers vers. Il s’épuise dans ses premières œuvres qui ne trouvent aucun acheteur. Il a 24 ans. Elle en a 21. Il est beau, dandy fragile, décadent et émouvant. Elle capte les regards entre grâce et disgrâce: son nez cassé, son cou à n’en plus finir, sa beauté arrogante et travaillée. Ils sont tous deux à l’aube de leur destin...
Leurs regards se croisent. Ils s’écrivent. Ils se retrouvent, un an plus tard. Leur passion sera brève, quelques jours, peut-être une dizaine de rencontres, et laissera peu de traces. Mais quelles traces. Un dessin d’elle, a traversé le temps, tracé amoureusement par Modigliani, Des poèmes incertains. Quelques lettres. Anna Akhmatova aurait brûlé la plupart d’entre elles.
Élisabeth Barillé enquête, imagine, rêve cet amour mystérieux, mal connu. D’une mère russe, d’un grand-père de la Russie blanche exilé en France depuis 1920, Élisabeth Barillé redonne vie à ce couple fascinant qui balbutie dans une langue française qui leur est étrangère à tous deux. D’une écriture souple et voluptueuse, elle trace cette rencontre avec un minutieux réalisme qui s’égare volontairement vers le romantisme et l’imaginaire. L’écrivaine peint le Montparnasse des débuts du cubisme et les dandys poètes de «La Tour » d’Ivanov, à Saint-Pétersbourg. On plonge.
L’amour est toujours une énigme. Celui qui aura uni un instant Modigliani et Akhmatova l’est un peu plus encore.
Élisabeth Barillé, «Un amour à l’aube », Grasset
Source L'Avenir


