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mardi 8 août 2017

"Douleur" : peut-on trouver le bonheur sans faire souffrir autour de soi ?


Zeruya Shalev est une écrivaine de l'intime. La romancière israélienne note que si les guerres et les progrès bouleversent l'ordre des choses, au travers des siècles, la psyché des hommes reste, elle, toujours la même. Il suffit de lire la Bible. Alors elle raconte la jalousie entre enfants d'une même fratrie, l'adultère au sein du couple, la solitude avec les amis.....Détails.......



Elle raconte les sentiments désavoués dans un style envoûtant. Elle place haut l'intime car tout se transforme sauf cette immuabilité-là de l'homme.
"Quand tout le foyer du bonheur et de la souffrance est dans le sanctuaire le plus intime et le plus secret de nous-mêmes."
C'est exactement cette partie-là de nous-mêmes qu'explore Zeruya Shalev dans une œuvre subversive par le nombre de tabous brisés sur la famille et le couple. Elle se penche sur les conflits entre hommes et femmes, entre parents et enfants.
Vie amoureuse (2000) narrait une passion destructrice pour un homme âgé ; Mari et femme (2001) analysait une décomposition conjugale ; Thera (2007) plongeait dans un divorce et une reconstruction ; Ce qui reste de nos vies (2014).
À chaque fois, la question reste la même : peut-on trouver le bonheur sans faire souffrir autour de soi?
 
THEME
Dix ans après avoir été blessée dans un attentat, Iris semble avoir surmonté le traumatisme.
Malgré des douleurs persistantes, des problèmes avec ses enfants et un mariage de plus en plus fragile, la directrice d’école ambitieuse et la mère de famille engagée qu’elle est s’efforce de prouver qu’elle contrôle la situation. Tout bascule cependant le jour où elle reconnaît, sous les traits d’un médecin qu'elle consulte, Ethan, son premier amour, qui l’avait brutalement quittée lorsqu’elle avait dix-sept ans. 
Douleur raconte quelques semaines dans la vie d'une femme dont l'existence soudain vacille de façon vertigineuse. Une femme rattrapée par un passé qu'elle croyait avoir sinon laissé derrière elle, du moins digéré, et qui se rappelle à elle de multiples façons : à travers cette douleur qui soudain l'étreint de nouveau, et bientôt la réapparition dans sa vie d'un grand amour de jeunesse. Des émotions, des sensations et des élans divergents: Iris est  écartelée entre un avenir qu'elle devine insatisfaisant mais sur lequel elle ne sait comment agir, et le stérile regret de ce qui aurait pu advenir mais ne s'est pas produit...
 
POINTS FORTS
. Dans un vertige sensuel et existentiel, Iris éprouve la tentation de faire revivre cette passion qu’elle croyait éteinte : et si une seconde chance se présentait à elle ? Ce roman aussi puissant que subtil dévoile les séquelles que le passé peut laisser sur les corps et les esprits, tout en interrogeant notre capacité à faire des choix, au moment même où la vie nous renvoie à l’essentiel. 
. Ce roman capte la douleur sans tomber dans le dolorisme. Elle saisit les moments de crise où l'on change et ses fins sont tremblées d'incertitudes. "Il y a toujours des découvertes à faire au pays de la douleur." (Madame de Staël, dans une lettre de 1840). 
. Elle désire refaire sa vie avec son premier amour mais le mal-être de sa fille la ramène à sa famille. Car les mères, nous dit l'auteure, ne cesse de devoir donner et redonner naissance à leurs enfants durant une vie entière. Toute l'œuvre de Zeruya Shalev rappelle que rien ne sauve. L'amour ne sauve pas, les enfants ne sauvent pas, le travail ne sauve pas. Ses héroïnes déçues ne trouvent de salut que dans le sens qu'elles vont arriver à donner à leur vie éclatée. «À quoi bon se mettre ensemble si c'est pour s'éloigner au fil du quotidien?» 
. Zeruya Shalev, a le goût des détails, des monologues intérieurs, des nuances. On retrouve les rapports conflictuels avec les enfants. Les mères y aiment trop leur fils et pas assez leur fille. Et toujours, chez Zeruya Shalev, on retrouve l'adultère au sein du couple.
Le rêve d'une seconde vie se traduit par une lutte harassante entre les absents et les présents. Les mots blessent comme des silex. La parole familiale ne sert plus à révéler mais à dissimuler la vérité. "À quoi bon se mettre ensemble si c'est pour s'éloigner au fil du quotidien?"
Le mari, Micky, s'enferme dans ses parties d'échecs, la femme, Iris, cache les traces de son adultère comme elle peut. Et on ne sait pas, à ce stade-là, si sa dernière chance est celle d'aimer celui qui est parti ou celle d'aimer ceux qui restent. 
. La mère comprend que, comme elle a appris à sa fille à parler et à marcher, elle doit lui apprendre à affronter la réalité telle qu'elle est car c'est là que se situe la véritable liberté.(page 382).
Quand on arrive à trouver de la beauté à la vie malgré la chaleur, l'ennui, le béton, la violence. "Elle doit lui apprendre, même si elle vient de le découvrir à l'instant, que ce que nous pensons vivre en planant au-dessus de cette réalité revient en fait à de l'esclavage."
Douleur est un roman obsédant par sa pulsion de vie, son style de vagues éclatées contre le mur, ses pensées de fantômes errants. Le beau personnage d'Iris se débat dans son présent pour découvrir que c'est la seule chose qu'elle possède en fin de compte. Le danger, quand on veut quitter sa douleur, c'est de quitter aussi sa vie. 
. Bien que ce ne soit pas l’essentiel de son roman, Zeruya Shalev décrit avec talent une part de la vie rattachée au quotidien, au danger de la mort. La mort au coin de la rue dans ce pays qu’est Israël. 
.Une écriture directe, incisive, Zeruya Shalev fait parler une impression comme si elle était une personne physique (page 376 : «  le présent : je ne suis pas l’écho de tes souvenirs, je ne suis pas un pont vers tes souvenirs futurs, je suis l’unique chose que tu possèdes, l’essence de ton existence , tu n’as pas le choix »)
 
POINTS FAIBLES
Je n’en vois pas
 
EN DEUX MOTS
La vie nous cabosse mais elle peut nous offrir une seconde chance. Est-ce un leurre ou peut-on la saisir, se demande Zeruya Shalev dans ce splendide roman ". 
Un roman d'un passé meurtri, d'un présent en question, ou d'un avenir lié à la décision de chacun. A lire au moment ou le présent interpelle, bouscule, régénère le passé.
 
UN EXTRAIT
Ou plutôt quatre:
- "Nous avons trahi les mots, ce qui peut être pire que de trahir l’autre, nous avons trahi les mots, quoi d’étonnant à ce qu’ils nous punissent " page 105. 
- « S’il reste un espoir en cet endroit du monde, il ne viendra que de la rencontre » page 181. 
- « Si seulement on savait s’aimer autant que se fâcher, embellir autant qu’enlaidir, donner et prendre du plaisir autant que donner et prendre des coups » page 213. 
-  "Elle s’est laissé dominer toutes ces années par un cruel tyran : son passé"  page 344.

Source Atlantico
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