« Ministre de la Périphérie » : les Israéliens devront s’habituer au nouveau titre créé sur mesure pour l’ex-ministre de l’Économie Ariéh Déry. Les jours sont comptés pour le gouvernement israélien : il ne lui en reste que 17 pour faire adopter le budget par la Knesset et pour faire avaliser l’accord gazier obtenu avec les compagnies d’exploitation gazière Noble Energy et Delek Group...
Après le 19 novembre 2015, le gouvernement israélien tomberait s’il ne parvenait pas à obtenir le soutien de sa majorité parlementaire.
Le scénario d’une chute du gouvernement est de plus en plus improbable : aucun député, de la majorité comme de l’opposition, n’est disposé à céder son siège, moins d’un an après sa prise de fonction. Et le mini-remaniement d’hier va permettre au Premier ministre de lever le dernier obstacle à la conclusion de l’accord gazier.
ACCORD GAZIER BLOQUÉ
C’est l’exploitation des champs gaziers au large des côtes méditerranéenne qui a provoqué une mini-crise gouvernementale en Israël. Le ministre de l’Économie, Ariéh Déry, refusait d’apposer sa signature sur le texte de l’accord conclu par le ministre de l’Énergie, comme la loi l’oblige.
Il y a quelques semaines, c’est un haut-fonctionnaire de son ministère, le directeur de l’anti-trust David Guilo, qui démissionnait pour ne pas avoir à cautionner un accord qu’il désapprouvait.
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou ne pouvait pas forcer son ministre de l’Économie, qui est aussi le chef du parti Shas, à signer l’accord gazier contre sa volonté.
En revanche Netanyahou a besoin du soutien du parti Shas : fort de 7 députés et de 4 ministres, le parti sépharade est une formation incontournable de l’actuelle coalition gouvernementale à laquelle elle garantit une étroite majorité parlementaire.
LA VOIX DES ISRAÉLIENS TRANSPARENTS
Pour résoudre cet imbroglio juridico-politique, il ne restait que la solution qui vient d’être adoptée : le ministre Déry abandonne son portefeuille de l’Économie, mais il ne quitte pas pour autant le gouvernement.
Le chef de Shas se voit affublé d’un nouveau titre ministériel : Ministre de la Périphérie, du Néguev et de la Galilée, avec la responsabilité du développement des régions périphériques du pays, et la prise en charge des populations modestes.
Cette acrobatie politique permettra à Benyamin Netanyahou de devenir, dans 48 heures, le ministre de l’Économie ; à ce titre, il pourra signer le fameux accord gazier et mettre fin à cette saga qui n’a que trop duré.
Dorénavant, Netanyahou cumulera à lui seul cinq portefeuilles puisqu’il est déjà le ministre des Affaires Etrangères, de la Communication et du Développement régional.
Quant à Ariéh Déry, il n’a rien perdu au change, au contraire. Il quitte le ministère de l’Économie qu’il n’avait jamais convoité, et où il ne laissera pas une marque indélébile.
En revanche, il se voit doté d’un super-ministère où il pourra se consacrer à ceux qu’il appelle les « Israéliens transparents », c’est-à-dire les catégories les plus faibles de la population, qui ont du mal à faire entendre leur voix dans les plus hautes sphères du pouvoir.
PÉRIPHÉRIE SOCIALE ET GÉOGRAPHIQUE
En fait, Ariéh Déry disposait déjà de deux portefeuilles ministériels : celui de l’Économie ainsi que celui du Développement du Néguev et de la Galilée. Désormais, il sera à la tête d’un seul ministère, mais aux prérogatives renforcées.
Son nom n’est pas encore définitif, sans doute le « ministère du Développement de la Périphérie, du Néguev et de la Galilée ».
Le Premier ministre a déjà annoncé que la Périphérie bénéficierait d’un budget supplémentaire de 300 millions de shekels. Du reste, il ne s’agit pas seulement de la périphérie géographique, mais aussi sociale : le nouveau ministère aura la responsabilité de 210 quartiers parmi les plus défavorisés des villes israéliennes, y compris dans le centre du pays.
Jacques Bendelac (Jérusalem)
Source Israel Valley