mardi 12 novembre 2013

Israël "souffre" d’un excèdent d’eau


Miracle ou mirage: à force d’économiser son eau, Israël doit faire face à un excèdent qui commence à inquiéter sérieusement les autorités du pays. Les premières pluies de l’hiver commencent à tomber, et avec elles, l’inquiétude des professionnels israéliens de l’eau monte : que faire de l’excèdent d’eau que le pays accumule ? Car en deux ans, Israël est passé d’une grave pénurie d’eau à un excèdent tout aussi inquiétant.


À QUI LA FAUTE ?
Le coupable principal, c’est une météorologie capricieuse. Après huit années de sècheresse (de 2004 à 2011), sont venues les années pluvieuses. En 2012 et 2013, la pluviosité a été supérieure à la moyenne, et les réservoirs d’eau du pays se sont remplis jusqu’à frôler le débordement. Le lac de Tibériade (le Kinneret), la principale source d’eau naturelle du pays, remonte dangereusement : au début novembre, son niveau se situait à seulement 3,5 mètres en dessous de la ligne rouge qui indique le niveau de l’eau à partir duquel le Kinneret commence à déborder.
Si l’hiver qui démarre devait être pluvieux, il faudra se résoudre à ouvrir les vannes du Kinneret pour permettre à l’eau de s’écouler vers le Jourdain, en direction de la Mer morte. La dernière fois où cette opération a été effectuée remonte à l’hiver 1992, soit il y a près de 22 ans.
Face à la sècheresse chronique, le gouvernement israélien a lancé un vaste plan de construction d’usines de dessalement d’eau de mer : aujourd’hui, le dessalement produit 490 millions de mètres cubes d’eau potable par an et le nouveau site en construction à Ashdod portera la quantité à 600 millions par an.

QUELLES SOLUTIONS ?
Reste à savoir que faire de tant d’eau potable. L’Autorité de l’Eau, qui gère la production de l’eau en Israël, prend le problème très au sérieux : Israël produit 2 milliards de mètres cubes d’eau potable par an, mais le pays n’en consomme que 1,9 milliard, d’où un excédent annuel de 100 millions de mètres cubes.
La solution qui est actuellement à l’étude au ministère des Finances à Jérusalem serait de réduire l’activité des usines de dessalement et de produire moins d’eau dessalée: il faudrait réduire cette quantité d’eau dessalée de 100 millions de mètres cubes pour contrebalancer la remontée du Kinneret.
Or, l’excédent de 100 millions de mètres cubes représente la quantité d’eau dessalée que produira l’usine de dessalement en construction à Ashdod. L’investissement de 1,5 milliard de shekels (310 millions d’euros) pourrait se transformer en un gouffre financier sans précédent. Dans tous les cas, l’Etat devra verser 160 millions de shekels par an aux usines de dessalement pour que ces dernières réduisent leur production.

LE CONSOMMATEUR PAIERA
Pour inciter les israéliens à réduire leur consommation durant les années de sécheresse, le gouvernement israélien n’avait pas hésité à relever les prix : au cours des quatre dernières années, la facture de l’eau a augmenté de 40%.
Si aujourd’hui, la tendance s’inverse, pourquoi ne pas réduire le prix de l’eau à la consommation ? On pourrait aussi ré-autoriser l’israélien à arroser son jardin l’été et à laver sa voiture au jet d’eau, histoire de se débarrasser des excédents d’eau. Et pourtant, l’Autorité de l’Eau refuse toute baisse drastique des prix : en 2014, le prix de l’eau baissera de 2% seulement, alors que la baisse aurait pu être beaucoup plus forte.
Pour justifier son refus de baisser les prix, l’Autorité de l’Eau ne veut pas parler d’excédent d’eau : « il faut préserver notre capacité de production d’eau qui permet de garantir la continuité de l’approvisionnement en eau, même en période continue de sécheresse ». Comprenons : le consommateur israélien a payé cher hier pour réduire sa consommation, il paiera aujourd’hui pour ne pas l’augmenter.

Source Israel Valley