vendredi 6 novembre 2015

Haftara Hayé Sarah : Avichag la Sunamite

 
Notre Haftara nous raconte les derniers jours du roi David. Celui-ci vient faire écho à ceux d’Abraham dans la parasha. Elle nous dresse le portrait d’un mystérieux et muet personnage, Avishag, femme fatale d’après le midrash. Voici la traduction de la Haftara suivie d'une analyse du Rav Kohn.... 
 



Texte de la Haftara en francais
 
La belle concubine

Le roi David était vieux, avancé en âge ; on le couvrait de vêtements, et il ne pouvait se réchauffer.
Ses serviteurs lui dirent : Que l’on cherche pour mon seigneur le roi une jeune fille vierge ; qu’elle se tienne devant le roi, qu’elle le soigne, et qu’elle couche dans son sein ; et mon seigneur le roi se réchauffera.
On chercha dans tout le territoire d’Israël une fille jeune et belle, et on trouva Abischag, la Sunamite, que l’on conduisit auprès du roi.
Cette jeune fille était fort belle. Elle soigna le roi, et le servit ; mais le roi ne la connut point.

Le fils rebèle


Adonija, fils de Haggith, se laissa emporter par l’orgueil jusqu’à dire : C’est moi qui serai roi ! Et il se procura un char et des cavaliers, et cinquante hommes qui couraient devant lui.
Son père ne lui avait de sa vie fait un reproche, en lui disant : Pourquoi agis-tu ainsi ? Adonija était, en outre, très beau de figure, et il était né après Absalom.
Il eut un entretien avec Joab, fils de Tseruja, et avec le sacrificateur Abiathar ; et ils embrassèrent son parti.
Mais le sacrificateur Tsadok, Benaja, fils de Jehojada, Nathan le prophète, Schimeï, Réï, et les vaillants hommes de David, ne furent point avec Adonija.
Adonija tua des brebis, des boeufs et des veaux gras, près de la pierre de Zohéleth, qui est à côté d’En Roguel ; et il invita tous ses frères, fils du roi, et tous les hommes de Juda au service du roi.
Mais il n’invita point Nathan le prophète, ni Benaja, ni les vaillants hommes, ni Salomon, son frère.

Nathan et Bat-Sheva


Alors Nathan dit à Bath Schéba, mère de Salomon : N’as-tu pas appris qu’Adonija, fils de Haggith, est devenu roi, sans que notre seigneur David le sache ?
Viens donc maintenant, je te donnerai un conseil, afin que tu sauves ta vie et la vie de ton fils Salomon.
Va, entre chez le roi David, et dis-lui : O roi mon seigneur, n’as-tu pas juré à ta servante, en disant : Salomon, ton fils, régnera après moi, et il s’assiéra sur mon trône ? Pourquoi donc Adonija règne-t-il ?
Et voici, pendant que tu parleras là avec le roi, j’entrerai moi-même après toi, et je compléterai tes paroles.
Bath Schéba se rendit dans la chambre du roi. Il était très vieux ; et Abischag, la Sunamite, le servait.
Bath Schéba s’inclina et se prosterna devant le roi. Et le roi dit : Qu’as-tu ?
Elle lui répondit : Mon seigneur, tu as juré à ta servante par l’Éternel, ton Dieu, en disant : Salomon, ton fils, régnera après moi, et il s’assiéra sur mon trône.
Et maintenant voici, Adonija règne ! Et tu ne le sais pas, ô roi mon seigneur !
Il a tué des boeufs, des veaux gras et des brebis en quantité ; et il a invité tous les fils du roi, le sacrificateur Abiathar, et Joab, chef de l’armée, mais il n’a point invité Salomon, ton serviteur.
O roi mon seigneur, tout Israël a les yeux sur toi, pour que tu lui fasses connaître qui s’assiéra sur le trône du roi mon seigneur après lui.
Et lorsque le roi mon seigneur sera couché avec ses pères, il arrivera que moi et mon fils Salomon nous serons traités comme des coupables.
Tandis qu’elle parlait encore avec le roi, voici, Nathan le prophète arriva.
On l’annonça au roi, en disant : Voici Nathan le prophète ! Il entra en présence du roi, et se prosterna devant le roi, le visage contre terre.
Et Nathan dit : O roi mon seigneur, c’est donc toi qui as dit : Adonija régnera après moi, et il s’assiéra sur mon trône !
Car il est descendu aujourd’hui, il a tué des boeufs, des veaux gras et des brebis en quantité ; et il a invité tous les fils du roi, les chefs de l’armée, et le sacrificateur Abiathar. Et voici, ils mangent et boivent devant lui, et ils disent : Vive le roi Adonija !
Mais il n’a invité ni moi qui suis ton serviteur, ni le sacrificateur Tsadok, ni Benaja, fils de Jehojada, ni Salomon, ton serviteur.
Est-ce bien par ordre de mon seigneur le roi que cette chose a lieu, et sans que tu aies fait connaître à ton serviteur qui doit s’asseoir sur le trône du roi mon seigneur après lui ?

David en faveur de Salomon


Le roi David répondit : Appelez-moi Bath Schéba. Elle entra, et se présenta devant le roi.
Et le roi jura, et dit : L’Éternel qui m’a délivré de toutes les détresses est vivant !
Ainsi que je te l’ai juré par l’Éternel, le Dieu d’Israël, en disant : Salomon, ton fils, régnera après moi, et il s’assiéra sur mon trône à ma place, -ainsi ferai-je aujourd’hui.
Bath Schéba s’inclina le visage contre terre, et se prosterna devant le roi. Et elle dit : Vive à jamais mon seigneur le roi David !
 
Analyse de la Haftara
 
Avichag la Sunamite

Avichag la Sunamite, cette belle jeune fille que les courtisans du roi David ont choisie pour lui tenir compagnie dans ses derniers jours, occupe une place importante, bien que discrète, dans la tentative de révolution de palais qu'a fomentée Adonias, héritier présomptif de ce monarque.
Adonias se croyait destiné à monter sur le trône. Il était en effet le quatrième fils de David (II Samuel 3, 2), ses deux aînés, Amnon et Absalon étant morts, et Kilav, fils d'Avigaïl, ne pouvant être appelé à régner, selon Yossef Kaspi, de L'Argentière (1279-1340), en raison de l'union précédente de sa mère avec Naval, personnage totalement corrompu (I Samuel 25, 25).
Après son échec et le choix par David de Salomon comme son héritier, Adonias sollicita de Bath-Chéva' , mère de ce dernier, l'autorisation de prendre Avichag la Sunamite pour femme (I Rois 2, 13 et suivants).
Bath-Chéva' , qui ne voyait aucune raison de rejeter cette requête, la transmit à son fils avec un avis favorable.

Salomon cependant la repoussa d'emblée, et ce en des termes d'une violence inattendue : « Pourquoi demandes-tu Avichag, la Sunamite, pour Adonias ? Demande aussi pour lui le royaume, car il est mon frère plus âgé que moi [?] » Et le roi Salomon jura par Hachem , en disant : « Que Dieu me fasse ainsi, et ainsi y ajoute, si Adonias n'a pas prononcé cette parole contre sa propre vie [?] et qu'aujourd'hui Adonias soit mis à mort ! » (2, 22 et suivants).
En fait, expliquent les commentateurs, la demande d'Adonias constituait un crime de lèse-majesté. La Michna ( Sanhédrin 2, 5) dispose que « l'on ne doit pas monter sur le cheval du roi, ni s'asseoir sur son trône, ni se servir de son sceptre », et la Guemara précise à ce sujet ( Sanhédrin 22a) qu'Avichag était permise en mariage à Salomon, mais qu'elle était interdite à Adonias.
C'est ainsi qu'Adonias, en demandant la main d'Avichag, se posait en prétendant au trône royal, ce qui constituait la suprême injure au roi légitime. Voilà pourquoi « le roi Salomon envoya Benaïahou, fils de Yehoïada, qui se jeta sur lui et il mourut » (2, 25).

Et Radaq fait observer à ce sujet que, bien que Benaïahou fût kohen et donc tenu de se garder de toute impureté au contact d'un mort, l'obéissance à un ordre du roi est passé avant toutes autres prescriptions de la Tora .
Les égarements d’Adonias
 
La haftara de la paracha ‘Hayyei Sara, empruntée au premier chapitre du premier livre des Rois, décrit la fin du règne du roi David ainsi que les manœuvres ourdies par Adonias, l’aîné de ses fils, afin de se faire reconnaître comme son héritier et successeur. 
 On remarquera que l’attitude de David envers Adonias n’a pas été sans ressemblance avec celle d’Isaac envers Esaü, qu’il préférait au détriment de Jacob (Berèchith 25, 28). Le texte indique en effet qu’il ne l’avait « jamais contrarié » (I Rois 1, 6). 
 Un Midrach nous apprend, à propos du verset : « Mieux vaut le chagrin que le rire, car le cœur est rendu meilleur par la tristesse du visage » (Ecclésiaste 7, 3), que Salomon s’est dit plus tard : « Ah ! Si seulement mon père s’était montré plus sévère envers Adonias, il l’aurait sauvé de ses égarements et celui-ci serait resté dans le droit chemin. Il aurait ainsi échappé à la condamnation à mort que j’ai dû prononcer contre lui (I Rois 2, 24). »

Jacques Kohn

 
Source Massorti et Chiourim