mercredi 5 mars 2014

Antisémitisme : " Faites-en une cause nationale "


Antisémitisme à l'extrême droite, antisionisme à l'extrême gauche : le président du Crif Roger Cukierman a appelé mardi soir François Hollande, présent lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France ce mardi, à mobiliser la France contre ces deux "fléaux" en en faisant "une cause nationale". "Il faut attaquer très tôt la propagation de la haine", a estimé Roger Cukierman . "On ne naît pas antisémite, on le devient, par bêtise, par ignorance, ou par préjugé"...


"Faites-en une cause nationale !"
"Faites-en une cause nationale !", a-t-il imploré François Hollande, en appelant à un rassemblement, le 19 mars à Paris, pour commémorer les assassinats perpétrés il y a deux ans à Toulouse par Mohamed Merah contre six personnes, dont trois enfants juifs.
S'exprimant devant le chef de l'Etat et 800 personnalités, Cukierman a tenu un discours sombre, témoignant de son inquiétude à l'égard de l'atmosphère d'intolérance régnant dans le pays.
Parmi les invités au Pavillon d'Armenonville à Paris, qui comptaient ministres, sénateurs, députés, ambassadeurs, maires du Grand Paris, responsables religieux, le président du Crif a accueilli Michel Antangana, Français d'origine camerounaise récemment libéré après 18 ans d'internement au Cameroun.

"Heureux comme un juif en France"
"J'aurais aimé évoquer le dicton "Heureux comme un juif en France"", a déclaré M. Cukierman, "mais je dois malheureusement recourir à l'humour juif, souvent grinçant. Qu'est-ce qu'un antisémite? C'est quelqu'un qui déteste les Juifs plus que nécessaire".
"La bête immonde est, hélas, bien présente, aujourd'hui, en France", a déploré le président du Crif, que la chute du nombre d'actes antisémites, en baisse de 31% en 2013 selon le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), n'a guère rassuré.
"Je pense avec tristesse, avec inquiétude, avec angoisse, aux ignobles slogans lancés par quelques milliers d'individus parmi les manifestants du dimanche 26 janvier à Paris. Ils hurlaient: Juifs dehors, la France n'est pas à toi!".
Pour Cukierman, qui a rappelé son passé d'enfant caché et celui de sa famille, "gazée et brûlée par Hitler et ses complices", "A Paris, dans le métro, porter une kippa, c'est prendre le risque d'être agressé".
Il a évoqué la progression spectaculaire du Front national avec "sa cohorte d'antisémites, de vichystes et de négationnistes réfugiés derrière sa dirigeante, attentive à ne pas commettre d'impair".
Mais il a également dénoncé, à l'extrême-gauche, "l'antisionisme, nouvel habit de l'antisémitisme. Car s'il n'y est pas convenable d'être antisémite, il est élégant de fustiger l'Etat d'Israël".
A cet égard, le président du Crif s'est étonné que les appels au boycottage en France ciblent un seul des 200 pays de l'ONU. "Je peux vous citer 50 pays dont les frontières sont contestées par leurs voisins en Afrique, au Moyen-Orient, ou sur l'immense continent asiatique".
"Concernant Israël", a-t-il poursuivi, "des positions extrémistes sont parfois attribuées au CRIF. A tort (...) Nous avons pour objectif que l'Etat d'Israël vive en paix aux côtés d'un Etat de Palestine. Nous souhaitons qu'Israël, où 20 % de la population pratique la langue française, soit enfin admis dans l'Organisation de la Francophonie financée par le contribuable français".
Roger Cukierman a également "suggéré que la France se démarque du reste du monde et reconnaisse Jérusalem comme la capitale d'Israël".

Ukraine, Liban et Syrie
De son côté, le président François Hollande a choisis de concentrer son discours sur la situation en Ukraine.
"La Russie a pris le risque d’une escalade dangereuse en envoyant des troupes en Ukraine", a estimé Hollande, soulignant la possibilité de recourir à "des sanctions" contre Moscou.

"Le rôle de la France avec l’Europe, dans ces circonstances, c’est d’exercer toute la pression nécessaire, y compris par le recours à des sanctions pour trouver la voie du dialogue, pour trouver une issue politique à cette crise", a déclaré Hollande.
Il a évoqué en Ukraine "des événements d’une gravité exceptionnelle qui rappellent un temps que l’on croyait révolu, celui des ingérences, des interventions et des démonstrations militaires".
"La Russie avec laquelle nous dialoguons doit comprendre qu’elle est devant un choix très important pour l’avenir de ses relations avec l’Europe, et que la seule option, je dis bien la seule option, c’est la négociation", a martelé le président.
Selon lui "l’Ukraine doit pouvoir choisir son destin tout en reconnaissant les liens (...) qui l’unissent à la Russie et que personne ne conteste".
Il a précisé que lors de la réunion du Groupe internationale de soutien (GIS) au Liban organisée mercredi à l’Elysée, la crise ukrainienne serait évoquée. "Il se trouve qu’il y aura aussi bien le secrétaire d’Etat américain (John Kerry) que le ministre des Affaires étrangères russe (Serguei Lavrov) et nous ne parlerons pas que du Liban", a ainsi dit Hollande.
"Le Liban est un pays cher à la France, qui doit être absolument préservé" du conflit syrien, a par ailleurs jugé le chef de l’Etat, constatant que la conférence de Genève qui devait tenter de trouver une issue au conflit syrien "a été un échec" et "n’a abouti à rien".
"Pendant ce temps-là, les massacres se multiplient dans une forme d’indifférence générale que seule la France entend briser", a-t-il déploré soulignant que "les réfugiés" fuyant la Syrie "s’entassent en Jordanie, en Turquie, au Liban avec un risque de déflagration générale".

Source I24News