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mardi 26 février 2013

Le futur gouvernement s’avère des plus difficiles à monter. Explications.



Interrogez n’importe quel promoteur immobilier en Israël. Il vous expliquera qu’en raison des lenteurs bureaucratiques, toute nouvelle construction dans ce pays a de quoi vous faire vous arracher les cheveux. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou, qui a cherché, sans succès, à réformer le secteur immobilier durant son premier mandat, a pu goûter à ces difficultés en essayant de former sa nouvelle coalition, là aussi, sans succès jusqu’à présent.

Date butoir à retenir : le vendredi 1er mars

Si, comme prévu, il n’a pas réussi à former un gouvernement d’ici là, Bibi sera reçu par le président Peres pour lui présenter un compte rendu de ses efforts, afin d’obtenir un prolongement de 2 semaines jusqu’au 15 mars.

Et de 1 : Livni

Théoriquement, la formation d’une coalition aurait dû être aisée cette fois-ci.
Plusieurs raisons à cela. Il n’y a avait qu’un seul candidat sérieux au poste de Premier ministre lors du scrutin du 22 janvier, ce dernier était sans conteste le favori et son parti a obtenu un minimum de 12 sièges de plus que tous les autres. Un autre facteur qui aurait dû faciliter les choses est la visite annoncée du président américain Barack Obama. Evénement qui devrait prendre place le 19 mars, soit 4 jours après la date limite pour former un gouvernement. Ce déplacement souligne l’urgence et le sérieux des négociations en vue de la coalition tout en légitimant la coopération des partis du centre gauche avec Netanyahou.

Au cours de la campagne, la formation qui semblait la plus dure à séduire n’était autre que le parti de Tzipi Livni. Celui-ci est pourtant devenu le premier à rejoindre la coalition, mardi 19 février. D’ailleurs, le député Amir Peretz avait notoirement rejoint Tzipi Livni à la dernière minute, croyant qu’elle serait moins encline à entrer au gouvernement Netanyahou que Shelly Yachimovich.
Dans une interview du 12 décembre avec le Jerusalem Post, à l’occasion de la Conférence diplomatique d’Herzliya, Livni avait admis du bout des lèvres qu’elle n’excluait pas de rejoindre une coalition dirigée par Netanyahou. « Je n’ai pas dit que je n’en serai pas », avait-elle dit. « J’ai promis aux électeurs de ne jamais trahir leur confiance et que je prendrai ma décision en me basant sur nos valeurs communes et notre vision pour Israël. Il ne faut donc jamais dire jamais ».
L’interview avait été publiée sous le titre provocateur : « Livni, future ministre des Affaires étrangères de Netanyahou ? ».

L’idée semblait alors saugrenue.

Mais depuis lors, Bibi a brisé une promesse de campagne en nommant Livni à la tête des négociations avec les Palestiniens, et il semblerait que, Avigdor Liberman étant occupé par son procès pour corruption, une bonne partie des relations internationales israéliennes se feront depuis le ministère de la Justice, où s’installera l’ancienne dirigeante de Kadima.
Pourquoi Netanyahou a-t-il eu aussi peu de mal à faire céder Livni ? Tout d’abord, parce qu’elle a perdu les élections. Une Livni dotée de 6 députés est bien entendu plus docile qu’une Livni à la tête de 27 parlementaires.
Ensuite, parce que Netanyahou a fait preuve de respect en faisant d’elle sa première partenaire, alors qu’aux dernières élections, il avait d’abord conclu des marchés avec ses alliés de droite habituels avant de se tourner vers Kadima. Mais on peut aussi supposer que Livni a avant tout souhaité rejoindre le gouvernement, car elle croit le Premier ministre sincère dans sa volonté de faire progresser le sujet qui importe le plus à l’élue : le processus diplomatique avec les Palestiniens.

Une autre bataille se joue

Si tout s’est donc passé pour le mieux avec Livni, pourquoi est-ce aussi difficile avec les autres partis ? Et pourquoi est-il devenu aussi compliqué de bâtir une coalition ? Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte.
Nombreux sont les journalistes à expliquer les difficultés de Netanyahou par ces 3 petits mots innocents lancés par Yaïr Lapid : « Je suppose que oui ». La phrase fatidique a été prononcée dans un reportage du magazine Ouvda sur Aroutz 2, diffusé le 28 janvier, où le chef de Yesh Atid était interrogé pour savoir s’il pensait devenir Premier ministre aux prochaines élections. Gros titres de toute la presse le lendemain : « Lapid souhaite devenir Premier ministre ».
Soudain, Bibi était concurrencé. Sa nature suspicieuse l’a dès lors rendu bien plus précautionneux. Et, en fait, empêché toute offre trop généreuse dans les négociations avec Yesh Atid, parce faire tremplin à Lapid pouvait désormais signifier creuser sa propre tombe politique.
Une nouvelle complication est ensuite apparue 9 jours plus tard, lorsque le Premier ministre a accordé un entretien au journaliste politique d’Aroutz 10, Nadav Perry.
Netanyahou, fort de 7 ans au total en tant que chef de gouvernement, a récemment dépassé l’ancien Premier ministre Itzhak Shamir à la seconde place derrière David Ben Gourion en termes de longévité à la tête du gouvernement.
Perry lui a donc demandé s’il comptait rester Premier ministre pour 6 années afin d’essayer de battre le record de Ben Gourion.
« Je suis encore là pour des années », a répliqué Bibi, révélant pour la première fois qu’il envisageait de se représenter à un 4e mandat.
Jusque-là, les experts supposaient que ce serait son dernier. Ce qui aurait signifié que, tout comme les présidents français ou américain lors de leurs seconds mandats, il aurait pu se permettre des réformes impopulaires car il n’aurait eu à se soucier que de son legs politique et non des prochaines élections. Si cela avait été vrai, il aurait pu avancer dans le dossier palestinien et laisser les partis harédim hors de la coalition tout en coopérant avec Yesh Atid pour égaliser le service militaire et modérer les contraintes de la vie juive dans le pays.
Mais une fois que Netanyahou avait annoncé qu’il se représenterait, il devenait évident qu’il allait maintenir son alliance avec les formations orthodoxes. En raison de ces deux déclarations, Lapid et Netanyahou ont en réalité d’ores et déjà commencé à se battre pour les prochaines élections, avant même de former ce gouvernement-ci.

31 sièges partout, la balle au centre

La difficulté à bâtir une coalition est, enfin, bien évidemment liée au faible score du Likoud- Beiteinou au scrutin du 22 janvier. Avec ses 31 sièges, le parti est bien loin des 45 mandats prédits par le stratégiste américain Arthur Finkelstein lorsque Netanyahou et Liberman ont fait pot commun. Et Bibi, loin d’être le roi d’Israël, tel que l’avait couronné le Times Magazine l’année dernière.

Lorsqu’il a signifié à plusieurs reprises qu’il pourrait laisser Habayit Hayehoudi hors de la coalition en raison de son inimité personnelle avec son leader Naftali Bennett (basée sur des événements qui ont eu lieu il y a 6 ans lorsque Bennett était son directeur de cabinet), ce dernier a passé un accord avec Yesh Atid : les deux formations entreront ensemble au gouvernement ou n’y entreront point.

Ensemble, elles possèdent le même nombre de sièges que le Likoud Beiteinou. Ce moyen de pression, joint au refus d’Avoda d’entrer au gouvernement, empêche Netanyahou de former une coalition de plus de 57 mandats. Soit 3 députés de moins que la majorité. Lapid et Bennett, tous deux nouveaux venus, n’ont pas encore appris l’art du compromis politique. En clair : ils se montreront inflexibles jusqu’au bout, quand bien même ils n’avaient pas conclu cet accord entre eux.
Pour toutes ces raisons, bâtir un gouvernement au cours des prochaines 2 semaines demeure un immense défi.
Seule consolation : la loi israélienne prévoit des limites temporelles très claires qui devraient rapidement mettre fin au suspens.
Les Belges, qui n’ont pas de date butoir eux, avaient mis 353 jours pour finalement former un gouvernement en juin 2011.

Source JerusalemPost