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jeudi 7 février 2013

La langue hébraïque est-elle menacée par l’anglais ?



Le Pr Moché Bar Asher, président de l’Académie de la Langue Hébraïque, vient de mettre en garde l’opinion contre « l’érosion de l’hébreu, qui résulte du complexe d’infériorité des médias face à la culture américaine, dépendance renforcée par l’usage presque exclusif de l’anglais sur internet. »

Cet avertissement fait suite à la récente décision de l’Université hébraïque d’autoriser ses étudiants à présenter leur thèse de doctorat en anglais. « Il est clair que, sans l’avoir consciemment cherché, une décision en entraînant une autre, au final les cours seront donnés en anglais dans les universités israéliennes, processus qui pourrait même se répandre dans les écoles secondaires, voire élémentaires. Avoir placé l’anglais au même niveau que l’hébreu est une déviation de l’intention initiale des fondateurs de nos universités. »

Chalom ou Bye-bye ?
Pour preuve, le Pr Bar Asher nous renvoie à notre vie quotidienne : « Promenez-vous dans les rues et regardez les pancartes : autrefois, on pouvait lire “Hôtel Jordan” ou “Hôtel Carmel”. Maintenant, les hôtels ont des noms anglais. Les gens ne se saluent plus en disant “Chalom’ mais “Hi !” [prononcez Aïe !] ou “Bye”. Or, nous sommes issus d’une civilisation vieille de plus de 3 000 ans qui a su garder sa langue dans de multiples environnements où l’on parlait l’hébreu. Je ne dis pas qu’il faudrait instaurer une police spéciale pour protéger l’hébreu, mais que ceux qui aiment notre langue se lèvent et défendent nos valeurs et notre culture. » Le Pr Bar Asher a tenu à préciser que ses remarques ne concernaient pas l’argot israélien, qu’il trouve « formidablement vivant », mais la langue hébraïque d’aujourd’hui, telle qu’elle se parle dans les cercles officiels, les médias ou la vie professionnelle.
Langue maternelle pour 49 %
À ce propos, une récente enquête du Bureau Israélien des Statistiques révèle que, 60 ans après la proclamation de l’État et plus d’un siècle après la renaissance de la langue hébraïque, son implantation n’est pas aussi profonde qu’on le pensait. L’hébreu n’est la langue maternelle que de 49 % d’Israéliens âgés de plus de 20 ans. Quant aux 51 % restants, ils parlent arabe (18 %), russe (15 %), yiddish (2 %), français (2 %) et anglais (2 %) – et 1,6 % pour d’autres idiomes. Selon cette même enquête, 90 % de la population juive en Israël parle correctement l’hébreu, et parmi eux 70 % à un niveau d’excellence. Dans la communauté arabe, ils sont 60 % à le parler correctement, mais 17 % ne savent pas le lire, et 12 % ne le parlent pas du tout. 51 % des immigrants issus de l’ancienne URSS parlent correctement hébreu, mais ils sont 39 % à ne pas pouvoir le lire. 48 % parlent uniquement russe à la maison. En conclusion, cette enquête montre les difficultés rencontrées dans la vie quotidienne lorsqu’on manque de compétences linguistiques : 27 % des adultes israéliens ont du mal à écrire une lettre correctement. S’ils ont plus de 65 ans, ils sont 53 % à trouver l’exercice très difficile.
Tous ces chiffres nous renvoient à la proposition de loi déposée en juillet dernier par 22 membres de la Knesset, à l’initiative de l'ex-députée R. Avraham-Balila (Kadima), qui ont saisi la Commission des lois du Parlement israélien pour obliger le gouvernement à traduire tous les documents officiels dans la plupart des langues effectivement parlées dans le pays. « Israël est une société plurielle qui doit prêter attention aux besoins spécifiques de tous ses citoyens. Ceci suppose que soit donnée à tous, et notamment aux immigrants âgés, la possibilité de comprendre dans leur langue maternelle leurs droits et leurs devoirs. » L’avenir dira si la 19e Knesset saura prendre en considération cette demande plus que jamais d’actualité.


Source
Hamodia