dimanche 2 décembre 2018

Quand le service sécuritaire israélien fait les affaires de la diplomatie


Après les Emirats arabes unis, l’Arabie Saoudite s’est équipée l’an dernier du logiciel espion de l’entreprise israélienne NSO. Le rapprochement entre l’Etat hébreu et les pays du Golfe passe aussi par le business florissant des technologies de surveillance.......Analyse.........



Officiellement, Israël n’entretient avec les pays du Golfe aucune relation diplomatique ; officieusement en revanche, le rapprochement avec certains d’entre eux va bon train depuis quelques années. 
Motivé par l’opposition à l’Iran, désormais considéré comme l’ennemi commun, et anticipé par la coopération sécuritaire et militaire qui s’est discrètement développée avec l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis en particulier, le réchauffement s’affiche aujourd’hui publiquement, en témoigne le ballet de hauts responsables israéliens, dont le Premier ministre Benyamin Nétanyahou, qui se sont succédé fin octobre dans les capitales des pétromonarchies. 
Une embellie qui profite notamment au business aussi opaque que florissant des technologies de surveillance.

Lien probable avec Khashoggi

Dimanche dernier, Haaretz révélait l’existence d’un contrat passé à l’été 2017 entre le régime saoudien et l’entreprise NSO Group Technologies, basée à Herzliya, la Silicon Valley de l’Etat hébreu. 
Selon le quotidien israélien, «quelques mois avant que le prince héritier Mohammed ben Salmane n’entame sa purge des opposants au régime», Riyad a fait l’acquisition, pour 55 millions de dollars (48 millions d’euros), d’une solution de piratage de smartphone très avancée nommée «Pegasus».
Une fois le terminal infecté, l’outil permet d’intercepter les communications téléphoniques de la cible, de siphonner ses mails ou ses chats Facebook, de déclencher la micro ou la caméra pour capter l’activité alentour… 
D’après le Citizen Lab, un laboratoire de recherche de l’université de Toronto, c’est très certainement Pegasus qui a servi à espionner, l’été dernier, un dissident saoudien établi au Canada, Omar Abdulaziz. 
Or ce dernier était alors en contact régulier avec Jamal Khashoggi, le journaliste en exil assassiné début octobre au consulat saoudien à Istanbul.

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À ne pas rater !

Rachetés en 2014 par un fonds d’investissement américain, Francisco Partners, NSO et son logiciel espion ont régulièrement fait parler d’eux, surtout depuis deux ans. 
En août 2016, les chercheurs du Citizen Lab sont remontés jusqu’à la solution de piratage israélienne à partir de SMS reçus par le militant émirati des droits humains Ahmed Mansour – arrêté l’année suivante, il a été condamné au printemps dernier à dix ans de prison. 
La même équipe a ensuite trouvé trace d’infections par Pegasus dans 45 pays, et découvert que l’outil avait notamment servi à espionner des journalistes et des avocats mexicains, ou encore un employé d’Amnesty International.
En août dernier, le New York Times a révélé de son côté, après des plaintes déposées en Israël et à Chypre, que les Emirats arabes unis avaient fait affaire avec NSO dès 2013, et ciblé grâce à Pegasus un prince saoudien et des dizaines de membres de la famille royale qatarie.

Vérité trouble

A chaque nouvelle découverte, la société réplique en affirmant agir «conformément à la loi» et vendre des produits utilisés «dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme». 
Le refrain est connu : d’autres acteurs du marché de la surveillance, du Français Amesys (devenu Nexa Technologies) à l’Italien Hacking Team, l’ont entonné les années passées. La réalité, elle, est infiniment plus trouble. 
«Je ne peux pas restreindre les capacités de mes clients : on ne peut pas vendre à quelqu’un une Mercedes et lui dire de ne pas dépasser les 100 km/h», explique un dirigeant du secteur à Haaretz, dans une longue enquête consacrée à cette industrie en plein boom dans l’Etat hébreu, qui s’exporte de l’Angola au Vietnam en passant par le Kazakhstan ou le Panama.
Israël, écrit le quotidien, est devenu «le fer de lance du commerce mondial des outils de surveillance et de l’interception des communications». 
Un commerce qui, à l’échelle régionale, anticipe et nourrit la «normalisation» des relations avec les monarchies du Golfe, dont certaines sont déjà équipées de pied en cap pour espionner dissidents, opposants et rivaux.

Source Liberation
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