jeudi 8 novembre 2018

Hommage à Pétain: un cafouillage en quatre questions


Emmanuel Macron a créé la polémique en justifiant un hommage au Maréchal Pétain. Hommage qui n'aura pas lieu selon l'Elysée........Décryptage...........



La polémique a tourné à l'imbroglio. Après les déclarations d'Emmanuel Macron sur l'hommage "légitime" au maréchal Pétain, "grand soldat" de la Première Guerre mondiale, les réactions se sont multipliées, et la communication présidentielle s'est embourbée. Retour sur un cafouillage en 4 questions.  

D'où est partie la polémique ?

La controverse prend racine dans une cérémonie prévue samedi aux Invalides, lors de laquelle il est prévu que l'armée rende hommage aux chefs militaires de la Première Guerre mondiale. Or, parmi ces chefs militaires figure le maréchal Pétain.  
Interrogé ce mercredi lors de son déplacement dans les Ardennes sur la légitimité de rendre hommage à celui qui fut chef du gouvernement collaborationniste de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale, Emmanuel Macron répond: "Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l'armée à la victoire, comme chaque année", avant d'ajouter que "le maréchal Pétain "a été pendant la Première Guerre mondiale un grand soldat, c'est une réalité de notre pays. 
C'est aussi ce qui fait que la vie politique comme l'humaine nature sont parfois plus complexes que ce qu'on voudrait croire." 
Immédiatement, la phrase de Macron a tourné en boucle sur les chaîne d'infos et suscité de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux.  

Quelles sont les réactions politiques?

De nombreuses personnalités politiques ont réagi durant la journée de mercredi. Certains, issus du Rassemblement national ou du parti Les républicains, ont soutenu la déclaration d'Emmanuel Macron, insistant sur le rôle du maréchal Pétain durant la Grande Guerre. 
D'autres, notamment à gauche, l'ont fustigé, notamment parce que Philippe Pétain a été frappé d'indignité nationale en 1945, ce qui a entraîné la perte de son rang dans les forces armées.  

 Vernissage et exposition Beni Gassenbauer

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat, s'est également dit "choqué". "La seule chose que nous retiendrons de Pétain, c'est qu'il a été, au nom du Peuple français, frappé d'indignité nationale lors de son procès en juillet 1945", a-t-il ajouté 

Comment l'Elysée a tenté d'éteindre le feu ?

D'abord, la présidence a tenu a remettre la déclaration du président sur "le grand soldat" dans le contexte en publiant l'intégralité de l'échange dans un tweet intitulé "stop aux raccourcis".  
Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a jugé que la polémique était "mauvaise" et "vaine". Mais cela n'a pas suffit à clore le débat. Bien au contraire. Plusieurs heures après ses premiers propos, le président de la République est revenu vers les journalistes pour préciser à nouveau ses propos sur Pétain: "Je ne pardonne en rien, mais je ne gomme rien de notre histoire [...] Il y a eu des hauts faits de guerre, puis il y a eu des forfaitures." Une manière d'assumer ses propos de la mi-journée.  
Sauf qu'en fin de journée le compte Twitter Elysée Infos a indiqué que samedi lors de l'hommage "ne seront honorés que les maréchaux présents aux Invalides : Foch, Lyautey, Franchet d'Esperey, Maunoury et Fayolle". 
Pas le maréchal Pétain, donc, si l'on s'en tient à la mise au point de l'Elysée qui, si elle avait été délivrée par Emmanuel Macron dès sa première prise de parole sur le sujet, se serait épargné bien des critiques.  

Cet hommage au maréchal Pétain est-il vraiment prévu?

Sauf que ce n'est pas si simple. En effet, le dossier de presse du centenaire de la Première Guerre mondiale, indique bien que l'hommage sera rendu aux "huit maréchaux" le 11 novembre aux Invalides, comme l'a souligné Mediapart. 
Un dossier de presse diffusé le 18 septembre. 
Et qui comporte au moins une autre erreur, celle de la présence du chef de l'Etat à la cérémonie, qui n'y sera pas. Mais l'Elysée s'en était étonné auprès du journal d'investigation à la mi-octobre. 
Selon des proches du chef de l'Etat, elle aurait été inscrite dans le programme officiel des célébrations sans avoir été validée au préalable par Emmanuel Macron et son cabinet. Son entourage avait estimé qu'un tel hommage posait "problème", notamment en raison de la présence du maréchal Pétain.
Car la présidence avait senti l'orage venir.
"Si l'on honore Pétain, on aura des polémiques avec la France Insoumise ou la communauté juive". Ce premier dossier de presse a disparu et n'est plus disponible en ligne. 
L'hommage qui se tiendra finalement samedi aux Invalides a été annoncé plus tard. Le président n'y sera pas présent. Il a été organisé par l'armée - "validé par l'Élysée" - et est destiné à rendre hommage aux chefs militaires de la Grande Guerre, du caporal au général. 
Parmi eux, l'armée compte bien Philippe Pétain. 
En revanche, comme l'indique Elysée Infos, seuls les cinq maréchaux de la Grande Guerre qui ont leur tombeau aux Invalides seront "nommément honorés" par un dépôt de gerbe. 

Source L'Express
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