jeudi 17 mai 2018

Pourquoi Erdogan veut prendre le leadership de la cause palestinienne....


Le ton monte entre la Turquie et Israël. Après que les forces israéliennes eurent tué plus de 60 émeutiers Palestiniens en bordure de Gaza, Ankara a violemment critiqué l’État hébreu. « Netanyahu est le Premier ministre d’un État d’apartheid, qui occupe les terres d’un peuple sans défense depuis plus de 60 ans en violation des résolutions de l’ONU », a écrit sur son compte Twitter le président turc, Recep Tayyip Erdogan......Analyse.......


« Il a du sang palestinien sur les mains et ne peut couvrir ses crimes en attaquant la Turquie », a-t-il ajouté. Ankara a demandé le retrait « temporaire » du consul général israélien à Istanbul hier, tandis que les Turcs ont été appelés par M. Erdogan à se rassembler dans la ville demain à 12h00 sous le slogan « Halte à l’oppression ».
La réponse du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, ne s’est pas fait attendre.
« Erdogan est parmi les grands supporters du Hamas et il ne fait aucun doute qu’il comprend parfaitement le terrorisme et les massacres. Je suggère qu’il ne nous donne pas de leçons de morale », a-t-il répondu mardi dans un communiqué de son bureau.
Les critiques turques des opérations israéliennes contre les Palestiniens sont récurrentes depuis plusieurs années.
Le sommet extraordinaire de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) s’était par ailleurs tenu à Istanbul suite à la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël en décembre.
En dépit de leurs différends politiques, les relations entre la Turquie et l’État hébreu ont toutefois été normalisées en 2016.
La fin d’une crise diplomatique longue de six ans leur a permis de relancer de plus belle leur coopération économique, commerciale, énergétique et militaire. La tempête semblait être passée, au point que le président turc avait déclaré cette année-là que la Turquie a « besoin d’Israël », tout comme « Israël a besoin d’un pays comme la Turquie dans la région ».
Mais malgré la réouverture de leurs ambassades respectives, leurs relations diplomatiques sont restées fragiles, une situation exacerbée par les récents événements à Gaza.

Opportunité politique

En tançant directement le Premier ministre israélien, le président turc répond à des objectifs qui dépassent le cadre du conflit israélo-palestinien, alors que l’élection présidentielle, prévue pour le 24 juin, approche à grands pas. M. Erdogan se trouve dans une situation délicate pendant que l’opposition cherche à contrer le régime hyperprésidentiel en place, après avoir formé une coalition baptisée « l’Alliance de la nation ».
Le chef de l’État turc, qui a de fortes chances d’être réélu, pourrait ne pas atteindre les 50 % dès le premier tour et attendre le second pour l’emporter, selon les observateurs.
L’enjeu est de taille pour le chef de l’État puisqu’une victoire dès le premier tour lui permettrait d’asseoir incontestablement sa légitimité et sa crédibilité dans un régime de plus en plus autoritaire.
« Erdogan est vraiment nerveux à l’idée du résultat de l’élection », explique à L’Orient-Le Jour un expert turc ayant requis l’anonymat et présent à Ankara cette semaine.
La thématique de la cause palestinienne devrait lui permettre de conforter son emprise sur l’électorat conservateur, qui constitue sa base électorale.


En défendant Gaza et Jérusalem avec des accents religieux, M. Erdogan cherche aussi à prendre le leadership du monde sunnite.
« Erdogan essaye de projeter l’image qu’il est le leader du monde musulman pour essayer de galvaniser sa base électorale », observe le spécialiste. Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a déclaré mardi que « les pays musulmans doivent reconsidérer leurs relations avec Israël ».
Une réunion extraordinaire de l’OCI, actuellement présidée par la Turquie, doit se tenir demain à Istanbul.
À cet égard, le président turc s’est entretenu hier avec plusieurs dirigeants arabes, précisant que l’OCI allait envoyer « un message très fort au monde ».   « Si Erdogan peut marquer des points à ce sujet-là où d’autres États de la région sont plutôt discrets, il n’est pas dit que cela sera suffisant pour restaurer son image, alors que la Turquie est actuellement marginalisée dans la région », précise à L’OLJ Gönül Tol, directrice du Centre d’études turques au Middle East Institute.
Le soutien turc n’est toutefois pas dénué d’opportunisme, voire d’hypocrisie. Contrairement aux pays arabes qu’il critique, Ankara entretient une coopération militaire étroite avec Israël, alors que leurs échanges commerciaux s’élèvent aujourd’hui à plusieurs milliards de dollars.
Face à ces éléments, « on ne s’attend pas à une rupture profonde entre les deux pays », anticipe Mme Tol. « Déjà, lors des conflits précédents, ils ont su compartimenter leurs relations diplomatiques d’une part et commerciales de l’autre », ajoute-t-elle.
L’AKP a par ailleurs rejeté une proposition de loi de l’opposition visant à imposer des sanctions économiques contre Israël.
Selon l’expert turc, « les diplomates turcs vont donc continuer à travailler avec leurs homologues israéliens en coulisses pour éviter les dommages collatéraux ».
Source L'Orient le jour
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