jeudi 8 mars 2018

Connaissez-vous la "Yid Army" de Tottenham ?


Pourquoi, à Londres, supporter Arsenal plutôt que Tottenham, Chelsea, Fulham ou Millwall ? Dans la capitale anglaise, au contraire de Glasgow, la religion ne semble pas déterminer le choix du club sauf pour une exception, Tottenham et sa “Yid Army”, qui suscite la polémique outre-Manche.......Détails.........


 
En ce samedi après-midi, les alentours de White Hart Lane, l’ancien stade de Tottenham en partie détruit pour laisser place à une toute nouvelle enceinte, sont déserts. Away game.
La majorité des supporters sont quelques kilomètres plus au sud, à Selhurst Park, pour le derby face à Crystal Palace. Seuls les machines des ouvriers travaillant à sa modernisation viennent perturber le silence. Quelques chants résonnent tout de même sur High road, l’avenue qui borde le stade. L’un, chanté avec plus de cœur que les autres, attire l’attention : “Being a Yid, being a Yid / The thing I love most is being a Yid” (“Être un youpin, être un youpin / Ce que j’aime le plus, c’est être un youpin”).
Les “Yids” sont le surnom que se sont donnés les supporters de Tottenham depuis plusieurs années.
Il fait écho aux racines juives de la population du quartier qui entoure le stade. Tottenham a été fondé en 1882 dans le district du même nom, au nord de la capitale. Un quartier voisin de Stamford Hill, traditionnellement occupé par une grande partie de la communauté juive londonienne.
Chaque semaine, on croise sur la route des "Sept Sœurs" des Juifs orthodoxes en tenue traditionnelle. Le raccourci est donc tout trouvé : Tottenham serait le club juif de Londres.
Benjamin, Français installé à Londres et supporter des Spurs, a conscience du raccourci : “Je m’appelle Benjamin, je travaille à la City et je supporte Tottenham… Même si je suis catholique, il peut y avoir des clichés à mon encontre”.
Pourtant, une étude du Jewish Chronicle estimait en 2016 à 5% la part de supporters juifs à Tottenham. Soit autant que chez le club voisin du nord de Londres, Arsenal.
“C’est surtout l’ignorance des gens qui a contribué à faire de Tottenham le seul club juif de Londres”, explique Steve Tongue, journaliste et auteur de Turf Wars : A history of London football.
D’autant que le club, victime d’attaques antisémites régulières d’une partie des fans de West Ham, Arsenal ou Chelsea dans l’après-guerre, a mis du temps à embrasser cette image.
Tottenham n’a ainsi commencé à célébrer le Yom Kippour pour ses supporters qu’en 1973, soit dix ans après Arsenal.

La religion, simple facteur d’opposition

Pour les supporters de Tottenham, la religion n’a jamais constitué le facteur majeur du sentiment d’appartenance au club.
À Londres en général, elle n’a pas pris une grande place, au contraire de Glasgow.
Le Old Firm, entre les Rangers et le Celtic, est ainsi fondé sur une opposition religieuse entre les protestants, fidèles à la couronne britannique, et les catholiques proches de la communauté irlandaise même si, aujourd’hui, les membres du même famille se retrouvent rivaux.
Dans la capitale anglaise, la religion fut simplement un élément secondaire lorsque les migrants, comme les Irlandais catholiques, se sont rapprochés des clubs. Mais elle a constitué, au contraire, un facteur d’opposition majeur à l’encontre de Tottenham.
Tottenham est le club le plus détesté de Londres. Si le principal rival se nomme Arsenal, des derbies haineux opposent les Spurs à Chelsea et West Ham.

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Malgré la présence de supporters juifs dans de nombreux clubs (parmi les Gunners, les Blues et même les Hammers), les attaques antisémites se sont presque exclusivement concentrées sur les Spurs.
Dans l’après-guerre, les références peu subtiles à Hitler ou aux chambres à gaz ont envahi les stades, notamment lors des derbies avec les clubs rivaux comme West Ham ou Arsenal.
Aujourd’hui, l’antisémitisme gangrène toujours la Premier League. En 2012, les supporters des Hammers chantaient “Adolf Hitler, he’s coming for you” lors de la réception des Spurs en championnat.
Plus récemment, les fans de Chelsea ont composé une chanson pour leur nouvelle recrue Alvaro Morata: “Alvaro, oh / He came from Real Madrid / He hates the f***ing Yids”.

"Aujourd’hui, la ‘Yid Army’ n’est plus aussi utile"

Ce type d’attaques a donné naissance à une forme de fierté chez les supporters des Spurs.
C’est après une nouvelle vague d’antisémitisme dans les années 1970 que les spectateurs de White Hart Lane ont repris à leur compte le terme de “Yids”. “Les fans de Tottenham qui n’étaient pas juifs ont voulu défendre ceux qui étaient attaqués, explique Binyomin Gilbert, membre de la Campagne contre l’antisémitisme au Royaume-Uni.
Ils ont alors créé la ‘Yid Army’”. Les “Yids” ne sont depuis plus les “Youpins”, mais bien les supporters de Tottenham, le terme étant brandi comme un cri d’union.
Pourtant, si la “Yid army” a constitué un mouvement symbolique d’appartenance au club, elle est aujourd’hui contestée.
Jeremy Corbyn, leader du Parti Travailliste et fan d’Arsenal à ses heures, a notamment appelé au début du mois de mars les supporters de Tottenham à abandonner le terme.
“On devrait dire : ‘Nous sommes les Spurs.’ Il faut s’attacher à son club, car c’est lui qui vous unit.” Pour Binyomin Gilbert, “même si les fans juifs de Tottenham aiment ce chant, il faut reconnaître qu’aujourd’hui, il n’est plus aussi utile qu’il ne l’a été”.
Si les attaches religieuses tendent à se diluer avec le temps, le terme “Yid” reste un moyen de s’unir derrière quelque chose de commun.
Il est donc de plus en plus utilisé par des fans non-juifs de Tottenham. De quoi poser la question de sa pertinence.
Benjamin, lui, ne souhaite pas s’en débarrasser : “Pour moi, la question ne se pose pas. Aujourd’hui, les rivalités sont plus saines, et il faut prendre ce mot de manière décontractée.”
Depuis 2014, un arrêté stipule en tout cas que les supporters utilisant le mot “Yid” à White Hart Lane ne seraient pas arrêtés.
La mesure continue malgré elle, selon ses détracteurs, à tolérer l’antisémitisme autour des stades anglais.
Il fut même longtemps un moteur de violence d’une frange dure des supporters de Chelsea, West Ham et Millwall dans les années 1990.
Trois clubs autrefois gangrénés par le hooliganisme, forme extrême du sentiment d’appartenance.
 
Source Eurosport
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