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dimanche 18 juin 2017

Les enfants juifs sauvés à l’abbaye par Thérèse Papillon ne l’ont pas oubliée

 
 
La fondatrice du préventorium de l’abbaye de Valloires, Thérèse Papillon, vient d’être faite « Juste parmi les Nations ». Une cérémonie a été organisée sur le site même où elle avait caché quatre enfants juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. L’un de ces rescapés était là, ainsi que la famille d’un autre, venue des États-Unis.......



Cette cérémonie aurait pu n’avoir jamais lieu, tant tout dans ces petites histoires dévoilées hier relève de coïncidences, de hasards, de détails. Et il faut bien le dire, un peu du miracle aussi.
Il y a quatre ans, Wendy Swain, une professeur de français du Connecticut, aux États-Unis, aide une élève et le nom de l’abbaye de Valloires ressurgit.
«  Mon cousin Joseph Kleinhandler, mort en 2001, nous parlait de cet endroit où il a été caché pendant la guerre, de 1942 à 1945. »

La Croix-Rouge en soutien

Alors, Wendy fait des recherches, découvre l’humanité extraordinaire de Thérèse Papillon.
C’est auprès d’elle, que Joseph, Mina et Jules, trois enfants juifs de Lens, sont envoyés par une infirmière de la Croix-Rouge. 
Ici, ils resteront trois ans, sous une fausse identité et ce, alors même que les lieux abritent des officiers allemands.
«  C’est un endroit magique... Mais pour Joseph, séparé de ses parents à 10 ans, seul dans ce monde, sans pouvoir parler à ses amis de peur d’éveiller les soupçons... C’était très dur. »

La famille de Joseph installée à Lens

À l’époque, il a dû fuir sa vie à Lens où ses parents, Polonais, vendaient du tissu aux familles de mineurs et des bretelles sur le marché. Eux ont été déportés depuis Lille, par le convoi du 11 septembre 1942.  
Aux côtés des proches de Joseph qui ont fait le déplacement à Valloires, il y a la présence presque inespérée de Daniel Mandelbaum. Lui aussi a été caché ici à la même période, avec une fausse ordonnance d’un médecin lensois. Il avait deux ans.
«  La semaine dernière, j’ai appelé pour faire un don à l’abbaye et on m’a passé le directeur.  » En échangeant, ils comprennent qu’il est le quatrième enfant que Wendy recherche. Il a donc fait le déplacement depuis Paris, pour témoigner.  
Wendy est émue quand elle raconte ses recherches acharnées pour reconstituer, morceau par morceau, l’histoire de son cousin aujourd’hui disparu.
Ce qu’elle ne réalise pas, c’est que la somme de petites histoires qu’elle récolte apportent, à leur façon, un éclairage inestimable sur l’Histoire.

 
Où sont passées Mina et Margot ?
 

Les parents de Daniel Mandelbaum, confié à 2 ans, sont venus le rechercher à Valloires. «  Mes parents ont bien été envoyés par le convoi du 11 septembre 1942 eux aussi. Mais ils ont fui avec l’aide d’un cheminot sur le trajet. Je les ai retrouvés à la fin de la guerre, même si je ne voulais plus quitter l’abbaye...  »

À Lille pour voir la liste des survivants

Joseph, lui, est retourné à Lens, dans l’espoir de retrouver sa vie laissée. Apprenant que sa famille avait été envoyée en convoi depuis Lille, il s’y est rendu.
«  Tous les jours, il allait à la gare pour voir la liste des survivants qui était affichée  », raconte Wendy, la cousine de Joseph. Mais ceux-ci ne sont jamais rentrés du camp d’Auschwitz. «  Il est resté là deux ou trois ans quand même, hébergé par une famille juive. Je me souviens qu’il nous parlait de Margot Thau, une amie avec qui il avait sympathisé. Mais je la recherche, je ne l’ai pas retrouvée.  »
Comment est-il arrivé aux États-Unis ? «  Mon père était le frère de sa mère, poursuit Wendy. Quand Joseph a été séparé de ses parents, son père lui a remis un carnet d’adresse avec les coordonnées de ma famille. Joseph l’a conservé précieusement, il l’avait caché dans un pupitre de l’école, ici à Valloires.  » Il écrit à son oncle et son grand-père juste après la guerre, mais il lui faudra l’aide d’un rabbin de l’armée américaine pour traverser l’Atlantique, et rencontrer sa famille américaine.

Comptable en Californie

Il est devenu comptable en Californie, s’est marié deux fois et a eu quatre enfants, dont Michaël Abraham, venu hier à l’abbaye avec sa femme et ses deux enfants.
Quant à Mina et Jules, eux aussi ont survécu à la guerre. «  J’ai appris que Jules était mort dans un accident plus tard. Mina, elle, se serait marié à un dentiste. Je ne l’ai pas retrouvée, mais je la recherche désespérement.  » Toujours dans le but, «  du devoir de mémoire de mon cher cousin  ».
Mais aussi parce qu’à chaque personne retrouvée, c’est un bout de l’histoire familiale qui se reconstitue.
Source La Voix du Nord
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