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dimanche 14 mai 2017

La vie de Rabbi Chimon bar Yo’haï.....

 
 
Homme de Vérité En l’honneur de la hilloula du saint Tana rabbi Chimon bar Yo’haï, -qui tombe le 33e jour de l’omer -, lisons quelques lignes de la 33e page du Talmud Chabbat qui dévoileront à nos yeux quelques modestes linéaments de cette extraordinaire personnalité......



C’est en effet dans ce passage talmudique qu’est relaté l’illustre épisode où rabbi Chimon bar Yo’haï et son fils rabbi Élazar furent amenés à se réfugier dans une grotte pendant de longues années :
« Rabbi Yéhouda, rabbi Yossi et rabbi Chimon [bar Yo’haï] étaient assis ensemble, et Yéhouda «ben Guérim» [fils des convertis] était assis auprès d’eux. Rabbi Yéhouda entama le propos en disant : ‘Quelles sont belles les actions de cette nation [les Romains] : ils ont aménagé des marchés, édifié des ponts et construit des bains publics !’
Rabbi Yossi se tut, mais rabbi Chimon bar Yo’haï répondit : ‘Tout ce qu’ils ont réalisé, ils ne l’ont fait que pour leurs propres besoins : ils n’ont aménagé des marchés que pour y poster des courtisanes, ils n’ont construit des bains publics que pour s’y prélasser, et ils n’ont édifié des ponts que pour y prélever des taxes. Yéhouda « ben Guérim » alla rapporter cette discussion [à ses proches], et elle arriva finalement jusqu’aux oreilles du gouvernement.
Celui-ci déclara alors : « Yéhouda qui nous a glorifiés sera élevé, Yossi qui s’est tu sera exilé à Tsipori et Chimon qui a diffamé contre nous sera mis à mort ». Rabbi Chimon partit alors se réfugier avec son fils dans la maison d’étude. Sa femme leur y apportait du pain, une cruche d’eau et ils mangeaient.
Lorsque le décret prononcé à leur encontre devint encore plus sévère, rabbi Chimon dit à son fils : «Les femmes ont un tempérament faible, et s’ils venaient à la torturer, elle pourrait nous dénoncer !».
Ils partirent donc se cacher dans une grotte, où poussa par miracle un caroubier et où jaillit une source d’eau. Ils se déshabillèrent [pour préserver leurs habits] et ils recouvrirent leur corps de sable jusqu’au cou. Toute la journée durant, ils étudiaient la Torah et au moment de la prière, ils se rhabillaient, ils se couvraient, ils priaient, puis ils ôtaient à nouveau leurs vêtements pour éviter qu’ils ne s’abîment.
Ils restèrent ainsi douze années dans la grotte, après quoi survint le prophète Eliahou qui, se tenant à l’entrée de la grotte, s’exclama : « Qui annoncera à Bar Yo’haï que César est mort et que le décret a été annulé ? ». Ils sortirent alors de la grotte, et ils virent des hommes en train de labourer la terre et d’ensemencer.
Ils se dirent : «Comment ces hommes peuvent-ils négliger la Vie éternelle pour se consacrer à une vie éphémère ? ». Tout endroit où se posait leur regard s’enflammait aussitôt… Une Voix du Ciel sortit et leur déclara : « Est-ce donc pour détruire Mon monde que vous êtes sortis ? Retournez dans votre grotte ! ». Ils y retournèrent et y restèrent douze mois supplémentaires.
Ils se dirent alors : « La punition des mécréants dans le Guéhinom est de douze mois ». Une Voix du Ciel sortit alors et proclama : « Sortez de votre grotte ! ».
Ils sortirent à nouveau de la grotte, et toute chose que rabbi Elazar frappait de son regard, rabbi Chimon la rétablissait.
Il lui dit : « Mon fils, le monde peut se suffire de nous deux seulement ! ». La veille du Chabbat suivant, ils virent un vieillard cueillir deux bouquets de myrte et s’empresser avant le coucher du soleil. Ils lui demandèrent : « Pourquoi ces bouquets ? », et le vieil homme leur dit : « C’est en l’honneur du Chabbat ! » – « Pourquoi ne te suffis- tu pas d’un seul ? » – [L’autre répondit] :»L’un par rapport à la mitsva de ‘zakhor’ [Souviens-toi du Chabbat], et le second par rapport à ‘chamor’ [Observe-le] ».
Rabbi Chimon dit alors à son fils : « Vois combien les mitsvot sont précieuses aux yeux d’Israël !». Ils furent alors rassérénés.
Lorsque rabbi Pin’has ben Yaïr, le beau-père de rabbi Chimon, apprit [qu’ils étaient revenus], il sortit à leur rencontre.
Il les fit entrer dans une maison de bain, et il se mit à soigner leur peau. En voyant les plaies qu’ils avaient sur le corps [à cause du frottement du sable], il se mit à pleurer, et ses larmes, ruisselant sur les blessures, arrachèrent des cris à rabbi Chimon.
Rabbi Pin’has dit : « Malheur à moi qui t’ai vu dans cet état ! ». Mais rabbi Chimon lui répondit : « Heureux sois-tu qui m’as vu dans cet état ! Car s’il n’en était pas ainsi, tu ne m’aurais jamais trouvé dans ces dispositions ».
En effet, avant cet épisode, lorsque rabbi Chimon bar Yo’haï exposait un problème, rabbi Pin’has ben Yaïr le lui résolvait de douze manières et après cela, lorsque rabbi Pin’has ben Yaïr exposait un problème, rabbi Chimon bar Yo’haï le répondait par vingt-quatre réponses (…) ».
Un passage de aggada [récits et exégèses talmudiques] tel que celui-ci ne saurait être abordé comme un simple récit à prendre au premier degré : en effet, il est inconcevable que le Talmud prenne la peine d’entrer dans tant de descriptions narratives si celles-ci devaient être dénuées d’intérêt spirituel ! Or, l’une des réflexions à laquelle nous invite ce texte nous amène à le confronter à un autre passage talmudique, extrait du Traité Avoda Zara, dans lequel on retrouve approximativement la même discussion que celle qui opposa ici rabbi Yéhouda à rabbi Chimon, mais dans un contexte totalement différent :
« Aux Temps futurs, relate ce texte, le Saint Béni soit-Il apportera un Séfer Torah, Il le tiendra sur Sa hanche et Il déclarera : « Tout celui qui s’est préoccupé d’elle [la Torah], qu’il vienne prendre sa récompense ! » Aussitôt, toutes les nations du monde afflueront vers D.ieu (…) L’Empire romain [visiblement l’ange représentant la nature profonde de cette nation-Ndlr] se présentera en premier. (…)
Le Saint béni soit- Il leur demandera : « Qu’avez-vous réalisé ? », et ils Lui répondront : « Nous avons aménagé de nombreux marchés, nous avons construit beaucoup de bains publics et nous avons amassé de grandes quantités d’or et d’argent ; et nous n’avons fait tout cela que pour qu’Israël puisse s’absorber dans l’étude de la Torah ».
Le Saint Béni soit-Il leur répondra alors : « Sots ! Tout ce que vous avez fait, vous ne l’avez fait que pour vous-mêmes : vous n’avez aménagé des marchés que pour y placer des courtisanes, construit des bains publics pour vous y prélasser. et l’or et l’argent n’est à nul autre qu’à Moi…» ».
Ainsi, apparaît-il à cet endroit que c’est précisément cette même discussion ayant opposé deux Sages du temps de la Michna qui aura lieu au jour du Jugement dernier entre le Saint Béni soit-Il et la nation romaine ! Mais que suggère en fait ce rapprochement ?

Le chemin de la Vérité

S’il est un domaine particulier qui évoque le personnage de rabbi Chimon bar Yo’haï, c’est évidemment celui de la Kabbale.
Cette facette de la Torah renferme l’aspect le plus profond de ses enseignements, et c’est pour cela qu’on appelle également cette connaissance la « Sagesse ésotérique » [‘hokhmat haNistar]. Toutefois, on retrouve une expression très courante chez les Richonim, nos Maîtres de la seconde moitié du Moyen-Age, laquelle définit cette sagesse comme étant « le Chemin de la Vérité » (expression très usitée notamment chez le Ramban dans son commentaire sur la Torah).
Non que cette désignation taxe indirectement d’inexactitude les autres facettes de la Torah – le « pchat » [l’approche première], le « rémez » [l’interprétation par allusion] ou celle du « drach » [l’exégèse] –, mais elle suggère que c’est par cette étude spécifique du sens caché que se révèle la dimension la plus plénière des enseignements de la Torah.
Ainsi, si la Kabbale se veut un enseignement d’une extrême « profondeur », c’est bien parce que son approche prend en compte tous les niveaux et toutes les dimensions de l’existence : depuis le monde ici-bas dans lequel nous évoluons, jusqu’aux Mondes spirituels échappant à notre perception.
En revanche, les autres approches s’avèrent être plus « superficielles » dans la mesure où leur lecture intervient davantage à l’échelle du monde sensible, telle que l’esprit humain la perçoit à des degrés plus élémentaires.
La Kabbale participe donc d’une « Science de Vérité » dans la mesure où sa vision est absolue et « universelle », ses enseignements tenant compte de tous les niveaux de la Création, depuis la Terre jusqu’aux Sept firmaments, depuis les conditions de ce monde-ci jusqu’à la réalité du Monde futur…

Bar Yo’haï – homme de Vérité

Or, il ne fait aucun doute que rabbi Chimon bar Yo’haï, avant même qu’il ne pénètre dans la grotte, était enclin à considérer ce mondeci avec ce « regard de l’Absolu ».
Si rabbi Yéhouda fit l’éloge de la nation romaine, ce fut eu égard aux exigences contraignantes de l’exil, et ce, dans la mesure où les conditions de l’existence du moment imposent à l’homme de transiger, à défaut de s’en tenir à une ligne de conduite inflexible (ainsi que le suggère entre autres le Maharcha). Mais aux yeux de rabbi Chimon bar Yo’haï, ces précautions ne sauraient être tolérées : pour lui, seule une vérité absolue excluant toute concession mérite d’être prise en considération !
Pour lui, seule la réponse que donnera le Saint Béni soit-Il dans les temps futurs – le jour où tous les actes seront dévoilés à la lumière d’une Vérité impérative – est celle à laquelle l’homme doive aspirer dès à présent…
Animé de ces dispositions, le saint homme continua à développer ce regard de Vérité absolue dans la grotte.
La tradition veut en effet que ce soit pendant cette période que lui furent révélés les enseignements du Zohar et les fondements de la Kabbale, comme en témoigne notamment le fameux chant de « Bar Yo’haï » : « Dans la grotte rocheuse dans laquelle tu vécus, tu acquis ta majesté et ta splendeur ».
Suite à quoi, après douze années consacrées exclusivement à la Torah, vécues à un niveau spirituel d’une extraordinaire densité et épargnées de tout contact avec le monde extérieur, la Vérité telle qu’il la concevait ne pouvait désormais plus tolérer de concessions face aux « modalités d’une vie éphémère ». A ce moment-là, tout ce qui à ses yeux et aux yeux de son fils n’était pas conforme à l’Existence authentique – celle de la Vie éternelle – ou manquant de valeur exclusivement spirituelle, ne pouvait subsister : « Tout endroit où leur regard se posait s’enflammait aussitôt »…
Riche de cette vision nouvelle qui lui permit désormais de réfuter toutes sortes d’objections dans son étude, rabbi Chimon dut néanmoins retourner dans sa grotte pour réapprendre, pendant une année supplémentaire, à vivre parmi le commun des mortels !
Tel est le message de ce personnage exceptionnel : rabbi Chimon bar Yo’haï était l’homme de Vérité intransigeante qui légua au monde la facette la plus dense de la Torah, la Torah telle qu’elle est perçue dans les plus hautes sphères célestes.

Yonathan Bendennoune

Source Chiourim
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