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dimanche 19 février 2017

Livre : "Freud à Jérusalem"

 

 
Les relations glaciales entre Freud et les sionistes n'empêchèrent pas ses disciples, une fois chassés de Vienne, de participer à la construction intellectuelle du futur Israël. Un essai passionnant d'Eran Rolnik raconte leur histoire. Freud n'aima pas le sionisme - il y voyait «l'illusion d'une espérance injustifiée» -, mais le sionisme l'aima......



Sans les théories freudiennes, les kibboutzim n'auraient pas été ce qu'ils furent, non plus que le système éducatif du futur Etat d'Israël.
C'est la réalité paradoxale dévoilée par le psychanalyste Eran Rolnik dans une étude fascinante.
Les divans viennois n'avaient pas encore été ficelés sur les bateaux à destination de Haïfa, avec la détresse et l'incertitude des médecins juifs fuyant Hitler, en 1933, que, dès 1920, l'un des principaux leaders sionistes, Haim Weizmann, notait :
«Quelle fierté de voir ces pauvres immigrants de Galicie arriver en Palestine avec pour seuls bagages le Capital dans une main et l'Interprétation des rêves dans l'autre...»
Ils débarquaient aussi avec le lot de névroses que la Terre promise était censée guérir en bâtissant le juif nouveau.

Agents de progrès social

Dans son cabinet du 19, Berggasse, à Vienne, le Dr Sigmund est encore loin de se douter que ceux qu'il tient pour des exaltés voguant vers une dangereuse terre levantine élèveront les futures générations en s'appuyant sur ses découvertes.
En effet, explique Rolnik, «les analystes immigrés en Palestine furent considérés par les dirigeants sionistes comme de potentiels agents de progrès social, non seulement susceptibles d'intervenir dans le traitement des souffrances mentales de l'individu, mais aussi aptes à soigner les maux du yishouv tout entier». Le yishouv, c'est le peuplement juif dans la Palestine sous mandat britannique, un Israël avant Israël déjà fort de 500 000 âmes en 1938, quand s'y installent les dernières vagues de médecins allemands et autrichiens. Dix ans auparavant, la Psychanalyse des masses et analyse du moi fut le premier texte de Freud traduit en hébreu.
C'est ainsi que Max Eitingon (1881-1943), fondateur de la Société psychanalytique de Palestine, transposa un institut freudien à Jérusalem «sur les mêmes bases et avec la même rigueur que la polyclinique berlinoise sous la République de Weimar».
Il y avait pourtant un hiatus : comment faire coexister les théories critiques de la psychanalyse et le sionisme qui, comme toute idéologie, considérait sa réalisation comme la thérapie suprême ?

Dans l'espace politique et intellectuel juif, la question ouvre sur une autre question. Car c'est sans doute le malheur de l'Israël actuel, dominé par des niais redoutables, d'assécher la ruisselante richesse du pourquoi qui aimanta l'âme juive depuis les origines.
Mais, dans les années 30 et 40, de Jérusalem à Tel-Aviv comme dans les kibboutzim de Galilée, la psychanalyse s'invite partout. «En tant que thérapie, elle devient une discipline très populaire, écrit Rolnik, et, dans le même temps, elle joue un rôle déterminant dans la lutte de cette société d'immigrés pour affirmer une identité singulière entre son passé européen et son foyer moyen-oriental déchiré par les conflits.»
L'auteur a traduit lui-même plusieurs textes de Freud en hébreu. Il nous entraîne dans le clair-obscur d'un pays en gestation qui ne se satisfait d'aucune réponse.
Une terre promise pour les explorateurs de l'inconscient, ces incrédules sous le ciel biblique dont il dresse des portraits incisifs et passionnés.

Freud à Jérusalem, d'Eran Rolnik, préface d'Abraham B. Yehoshua, éd. L'Antilope, 445 p., 24,50 €.
Source Marianne
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