mardi 6 décembre 2016

Médecine miniature : Avi Schroeder dirige, à Jérusalem, le labo du Technion





Les nanomédicaments révolutionnent le traitement du cancer. Rencontre avec le Pr Avi Schroeder qui dirige, à Jérusalem, le laboratoire Technion. Au sein de l’artillerie médicale, ils font figure de missiles à tête chercheuse....







Les nanomédicaments sont conçus à très petite échelle pour intervenir au coeur de l’organisme, avec une précision maximale. Ils agissent à l’échelle de l’infiniment petit : le millionième de millimètre.
C’est le champ d’études d’Avi Schroeder, qui dirige, à Jérusalem, le laboratoire Technion pour l’administration ciblée de médicaments et les technologies personnalisées de médecine.
Ce professeur de génie chimique étudie comment envoyer des médicaments dans le corps afin qu’ils deviennent actifs à l’endroit où ils sont nécessaires. « Un principe actif est intégré à un nanovecteur, par exemple un liposome ou une enveloppe biodégradable, puis envoyé directement au tissu organique visé. Porté et protégé par le nanovecteur, le principe actif ne se dégrade pas avant d’atteindre sa cible », décrypte le chercheur.
Pour y parvenir, la stratégie consiste à utiliser les modifications que la maladie a produites. Par exemple, en choisissant les veines comme voies d’acheminement. « Il faut imaginer les vaisseaux sanguins comme des tuyaux.
Dans des tissus sains, ces vaisseaux sont étanches. Dans le cas de tumeurs, ils présentent des trous de 300 nanomètres de diamètre par lesquels les nanoparticules naviguant dans le sang peuvent sortir et entrer. Elles sont suffisamment petites pour cibler la zone cancéreuse. C’est une nouvelle possibilité ouverte par la nanomédecine. »
L’équipe du professeur Schroeder travaille notamment sur la meilleure façon de traiter les métastases, responsables de 90 % des décès lors d’un cancer. « Les nano- médicines peuvent les cibler directement. Je pense que d’ici cinq ans nous verrons des cancers métastasés soignés par les nanomédicaments. »
Avantage : une moindre agressivité pour l’organisme, comparé aux thérapies traditionnelles – chimiothérapie et radiothérapie. « Utiliser des nanomédicaments est d’autant plus intéressant que nous avons affaire à des principes toxiques pour l’organisme, de véritables poisons qui vont certes attaquer
« Nous composons des nanoparticules spécialement conçues pour un patient. »
la tumeur, mais aussi les cellules saines, confirme Jean-Pierre Benoît, chercheur à l’Inserm, dont le laboratoire Micro et nanomédecines biomimétiques travaille aussi sur les nanomédicaments.

On peut diminuer les effets secondaires grâce à un meilleur ciblage. » Les systèmes de délivrance actuels des médicaments n’expédient à la tumeur que 10 % au maximum de la dose, le reste s’éparpille dans le corps.
Si, d’un patient à l’autre, les vaisseaux qui irriguent les tumeurs sont plus ou moins poreux, diminuant ainsi l’efficacité du traitement, les nanomédicaments permettent de personnaliser le traitement. « Nous composons des nanoparticules spécialement conçues pour un patient et son patrimoine génétique », précise Avi Schroeder.
Si la voie veineuse est privilégiée, d’autres modes d’administration sont possibles, comme l’injection directe dans la tumeur.
Les nanomédicaments sont connus depuis une dizaine d’années et une vingtaine déjà sont entrés en pratique, notamment en traitement d’appoint dans certains cancers.

Mais l’équipe du Pr Schroeder a développé une technique inédite : des nanoparticules synthétisant des protéines à l’intérieur du corps. Une sorte de petite usine interne capable de produire le principe actif qu’elle sécrète. Son équipe a également développé une capsule intégrant une machine à ultrasons qui, une fois avalée, délivre des substances habituellement administrées par injection.
Ces procédés innovants semblent donner raison à l’Allemand Paul Ehrlich (1854-1915). Ce Nobel de médecine considéré comme l’un des pères des chimiothérapies prédisait la création d’une « balle magique » spécifiquement dirigée contre les agents infectieux au sein de l’organisme. « Nous mettons sa vision en pratique ! » s’enthousiasme Schroeder.
Le chercheur israélien est le premier à l’avoir compris. Mais il reste énormément à faire.
« On attend beaucoup des nanosystèmes pour soigner là où les thérapies classiques sont impuissantes, renchérit Jean-Pierre Benoît.
Par exemple dans le cancer du pancréas, fulgurant parce qu’il touche une zone peu vascularisée, où nous avons du mal à faire pénétrer les médicaments. Les nanotechnologies pourraient à terme permettre de changer l’environnement de la tumeur, pour qu’elle soit mieux vascularisée et donc plus facile à atteindre. »
Start-up. Jean-Pierre Benoît cherche également à appliquer ces médecines du minuscule à des pathologies infectieuses.
Il a monté pour cela Carlina Technologies, afin de développer des nanomédicaments traitant le diabète.
Une prochaine levée de fonds est prévue. « En France, il est plus difficile de lancer une start-up de recherche médicale que dans le monde anglosaxon. Notre culture du risque est peu développée, et mettre au point un médicament prend souvent près de dix ans… »
L’enjeu est de taille. La médecine du minuscule est l’un des grands espoirs de demain et elle s’inscrit dans une révolution plus large : l’utilisation des nanotechnologies en santé.
Par exemple pour structurer des assemblages moléculaires afin de traiter ou de reconstituer tissus ou organes, ou pour miniaturiser des dispositifs d’aide au diagnostic, en radiothérapie notamment. « Nous vivons une révolution médicale », assure Avi Schroeder


Source Le Point


Source Israel Valley


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